|
DU BON USAGE
DE L’HOMÉOPATHIE
Au moment où l'Homéopathie semble prendre un nouvel essor du fait du
nombre croissant de malades qui réclament son secours et de l'intérêt
que lui portent certains médecins, il convient de souligner que le problème
principal qu'elle pose n'est pas celui de son efficacité.
Son efficacité est évidente pour ceux qui se donnent la peine de l'étudier
ou de l'essayer.
Le vrai problème est de savoir s'en servir.
Car ce qui change lorsqu'on se soigne par l'Homéopathie ce n'est pas le
médicament qu'on prend (des granules au lieu de comprimés) mais c'est
la façon d'aborder la maladie et c'est le but du traitement.
Faute de comprendre cela, l'Homéopathie ne donnera jamais sa mesure. Elle
n'apportera jamais que des miettes alors qu'elle renferme des richesses
extraordinaires. Elle retombera dans l'oubli comme une civilisation perdue.
D'autre part notre siècle est celui de l'information. Les malades supportent
mal les ordres et les ordonnances. Ils ne veulent plus faire confiance,
ils veulent comprendre. Ils sont tout à fait aptes à participer à leur
guérison si on leur explique la valeur réelle de la guérison.
Ainsi, plutôt que de montrer les succès de l'Homéopathie par des exemples
- c'est-à-dire d'une façon partielle - il m'a paru plus important d'en
démonter les mécanismes pour que les malades qui consultent apprennent
à se servir de l'instrument avec ses règles et, osons dire le mot, ses
exigences.
I
- POURQUOI LES MALADES VIENNENT À L'HOMÉOPATHIE
a) la peur de l'Allopathie
b) la recherche des miracles |
Il - LES PRINCIPES
DE L'HOMÉOPATHIE
a) la vraie guérison
b) la totalité des symptômes
c) le mal par le mal
d) les doses infinitésimales
e) le mode d'action de l'Homéopathie
f) les buts de l'Homéopathie
g) les limites de l'Homéopathie
b) les oppositions a l'Homéopathie |
III - LE MODE
D'EMPLOI DE L'HOMÉOPATHIE
|
a) la recherche des signes
b) les médicaments devant le traitement homéopathique
c) les médicaments pendant le traitement homéopathique
d) la prise du remède
e) le moment des prises
f) le rythme des prises
g) la durée du traitement
h) les réactions au traitement
|
I- POURQUOI LES
MALADES VIENNENT À L'HOMÉOPATHIE
a) la peur de l'Allopathie.
Les gens qui se tournent vers l'Homéopathie, ne le font
pas parce qu'ils ont été convaincus du bien fondé de ses principes et
de ses méthodes.
|
Ce sont tous des déçus de l'Allopathie :
qu'ils aient une affection que l'Allopathie ne peut guérir,
soit qu'ils aient connu des problèmes avec les traitements qu'ils
ont reçus.
|
Nos consultations sont pleines de ces enfants qui ont reçu
des antibiotiques chaque semaine pour des rhino-pharyngites, otites, bronchites,
et dont les mères sont excédées devant la répétition des accès fiévreux
pour lesquels les médicaments (toujours les mêmes) ne font qu'accompagner
l'enfant dans la perte de ses forces sans jamais pouvoir prévenir les
récidives.
Nos consultations sont pleines de ces gens qui, sans cesse depuis le début
de leur maladie, prennent le même diurétique pour leur maladie de coeur,
le même vasodilatateur pour leurs artères, le même sédatif pour leur tension,
le même pansement pour leur intestin, sans avoir jamais l'espoir de les
arrêter.
Nos consultations sont pleines de ces gens qui sont effrayés par les effets
secondaires de leurs médicaments. Certains ont vu d'autres organes se
détraquer à la suite d'un traitement, ajoutant des misères supplémentaires
à leurs souffrances. Certains sont simplement paralysés par la peur à
la lecture des notices qui accompagnent les médicaments. Ces notices d'ailleurs
sont là pour indiquer nettement au malade qu'on ne peut avoir une parfaite
confiance en son médecin et qu'une erreur est toujours possible qui pourrait
avoir des conséquences redoutables. Cela n'est pas fait pour donner envie
de se soigner et certains y renoncent.
Les angoisses qui sont les troubles les plus souvent engendrés par notre
vie moderne sont traitées par des médicaments merveilleux mais qui ont
deux inconvénients majeurs. Le premier est de n'avoir aucun effet sur
la maladie qui cause les angoisses. Le second est d'endormir le cerveau.
De sorte que ces gens qui ont peur de ne pas arriver à vivre normalement,
assistent à la diminution de leurs facultés par le médicament qui devrait
les aider. C’est le type même de situation qui expérimentalement entraîne
des troubles mentaux. On peut parfois, dans les états plus graves qu'on
appelle dépression, recourir à des médicaments plus forts et plus stimulants
du cerveau mais il est reconnu par tous les médecins que le risque majeur
alors, par l'effet même du traitement, est le suicide ! Pour éviter cela
on endort encore un peu plus le cerveau du malade par des tranquillisants
supplémentaires de sorte que le malade est pris dans l'étau d'un piège
qui se referme sur lui avec certitude pour lui faire perdre sa personnalité
et ses facultés mentales ou physiques.
Nous pouvons également dire un mot des merveilleux somnifères, médicaments
indispensables au confort de millions de personnes mais qu'on ne peut
jamais cesser. C'est le traitement d'entretien... des portefeuilles des
médecins et des pharmaciens. Si on les arrête, on est immédiatement puni
par une nuit sans sommeil. Les malades ne s'y trompent pas lorsqu'ils
disent que pour eux c'est une drogue, puisqu'il y a à la fois accoutumance
(on augmente sans cesse les doses) et assuétude (on ne saurait s'en passer).
Et ce sont des médecins qui délivrent cela, comme s'il était moins grave
de se droguer lorsqu'on le fait sur l'ordre des médecins et au bénéfice
des laboratoires pharmaceutiques.
b) la recherche des miracles.
Force est donc de constater que tous les malades ne sont
à la recherche que d'une seule chose : une médecine anodine.
De nombreux commerçants l'ont parfaitement compris et on voit apparaître
sans cesse et partout des médecines naturelles qui font autant de promesses
que les campagnes électorales : "Demain on fera des miracles."
Ce besoin de médecine anodine devrait faire réfléchir fortement les médecins.
En effet, quelle idée les gens se font-ils de la médecine ? N'y a-t-il
pas actuellement un courant de pensée qui cherche à tuer la médecine et
les médecins ? En s'écroulant l1édifice ne risque-t-il pas d'entraîner
avec lui les malades qui sont déjà minés par l'inquiétude et le manque
de confiance ?
Mais il y a plus grave dans cette idée de médecine anodine. Il y a un
problème de civilisation; en fait le problème du prix que les gens sont
prêts à payer à la maladie. On ne prépare pas les gens à la mort ni à
la maladie. On leur cache la réalité du combat inévitable que nous aurons
tous fatalement à mener avec l'aide des médecins.
Or nous vivons dans un monde où les gens n'aiment pas se casser la tête.
Si c'est compliqué, ils refusent. Si ce n'est pas pratique, ils abandonnent.
Les gens ont vis-à-vis de leur corps la même attitude qu'ils ont vis-à
-vis de leur voiture. Lorsque la voiture ne va pas, on ne peut absolument
plus vivre et on ne sait pas accepter qu'elle vieillisse. En laissant
les clés au garagiste on dit :" Je ne comprends pas pourquoi elle ne marche
pas. Profitez-en pour regarder l'huile car le voyant s'allume depuis trois
mois. Vous me mettrez une poignée à la porte. Regardez aussi à l'arrière,
il y a un bruit. Pendant que vous y êtes, lavez-là. Je reviendrai dans
vingt minutes. Il faut que tout soit arrangé. D'ailleurs je paye pour
cela...". Les malades ne sont pas concernés par leur corps pour lequel
ils réclament des traitements énergiques car "ça va plus vite". Ils veulent
seulement que le médecin fasse "son travail". Mais en même temps ils font
tout pour qu'il ne le fasse pas vraiment, tant ils refusent d'être un
tant soit peu dérangés par un examen. Ainsi une prescription de pilule
sur deux m'est demandée après m'avoir consulté pour plusieurs autres problèmes
et après que mon examen et mon ordonnance soient terminés. C'est la main
sur la poignée de la porte que la malade feint de se souvenir soudain
qu'il lui faut son contraceptif et elle est très déçue lorsque je la fais
se re-déshabiller.
Il y a également beaucoup d'amateurs de la médecine vétérinaire: "Je suis
là, c'est déjà bien beau, ne m'embêtez pas avec vos questions". Leur rêve
est celui d'une médecine où on se passe de médecin. Ils l'auront bientôt
Si nous n'y prenons pas garde.
Il faut reconnaître que nous vivons dans un monde où tout est fait pour
nous faire croire aux miracles. Nous sommes sans cesse assaillis par les
médias et les voisins. Ils nous racontent des histoires qui nous parlent
au coeur car elles ressemblent aux contes merveilleux de notre enfance,
et ils arrivent à nous faire oublier leur incompétence.
Les médias depuis des années parlent beaucoup des formidables progrès
de la médecine. En regardant la télévision, en écoutant la radio, on est
persuadé que des miracles se font sans cesse. On montre d'une façon indécente,
pour glorifier leurs sauveurs, des gens qui souffrent. On oublie volontairement
de montrer combien c'est long et humiliant de souffrir. Tout doit sembler
facile ,sinon les clients changeraient de programme.
Avec le voisin aussi tout semble facile: "Mon cousin a eu la même chose
que vous..." La même chose ? Comment le savez-vous ? Savez-vous vous-même
ce que vous avez ? La plupart du temps les médecins ne livrent pas leur
diagnostic ou livrent un diagnostic simplifié au malade pour l'encourager
à supporter ses misères (c'est une grippe...) ou pour ne pas l'effrayer.
Il sait que tout le monde ne peut pas comprendre et qu'il y a parfois
une différence considérable entre ce que les gens imaginent et la réalité.
Cependant les gens ont pris l'habitude de parler entre eux de leurs maladies.
Dans certains endroits comme les marchés et les foyers de personnes âgées,
c'est devenu le seul sujet de conversation, appelé par le traditionnel
"Ca va ? "-"Non.".. et c'est parti ... Il y a à travers la maladie une
recherche de valorisation personnelle. On a le mérite de ses maladies,
de ses médicaments, de son médecin.
Car on cherche aussi à briller par le choix de son médecin. "Moi, j'ai
un bon médecin..." Voilà la vraie richesse, et en plus une richesse qu'on
peut étaler sans crainte des impôts. "Ce sont tous des cons, mais moi
je suis un malin. J'en ai déniché un bon, j'ai su le reconnaître comme
tel et j'ai su en profiter ». Ce nouvel "ami" plein de sollicitude - il
a plus de sollicitude pour votre santé que vous en avez vous-même qui
ne savez pas vous débrouiller - acceptera de vous faire partager son secret
et de vous livrer le "Sésame" de la bonne santé pour peu que vous sachiez
implorer sa générosité. Mais ne croyez pas qu'il veuille votre bien ni
qu'il veuille que vous admiriez son médecin: il veut seulement se faire
valoir, se mettre en avant. Mais vous vous acceptez très vite de penser
"Si j'en suis là, c'est parce que j'ai été trop bête pour avoir un bon
médecin". Et vous voilà piétinant ce médecin auquel, un instant auparavant,
vous confiez encore votre bien le plus précieux, la santé. Être malade
est une chose dont on a peur, c'est naturel. On ne sait jamais si on va
guérir ou rester diminué. On n'est jamais sûr de faire absolument ce qu'il
faut. C'est parce qu'ils vous sentent vulnérables, que les gens exploitent
votre faiblesse et en profitent pour se faire valoir. C'est exactement
le contraire de la charité. Cette charité vous êtes assurés de la trouver
chez votre médecin en plus d'une expérience qui ne saurait se comparer
avec celle de vos voisins : chaque fois que ces gens là entendent vaguement
parler d'un cas, votre médecin lui en prend cent, mille, dix mille en
charge, à longueur de vie, et complètement, et de façon responsable.
Dans une telle ambiance, demander au malade la moindre précision - alors
que votre voisin n'en a besoin d'aucune - pour le soigner plus complètement,
est une gageure ridicule que seuls les médecins homéopathes osent tenter.
Parce qu'ils sont médecins, ils savent tous les inconvénients de la médecine
du 20 ème siècle. Parce qu'ils sont homéopathes, ils savent tous les avantages
que présente la méthode et les résultats merveilleux qu'elle donne. Il
ne tient qu'à vous de le savoir également : vous serez vite récompensés.
Mais il ne suffît pas de proclamer qu'on vote contre l'Allopathie. Voter
contre pour détruire, nous savons que c'est négatif et irréaliste. Il
faut être prêt à construire quelque chose à la place, donc être prêt à
suivre des règles et à accepter les efforts que cela demande. On a rien
sans effort.
Il- LES PRINCIPES
DE L'HOMEOPATHIE
Pour tenter d'expliquer ce qu'est l'Homéopathie, nous nous
référerons à des exemples de la vie de tous les jours. C'est la seule
façon de faire bien sentir combien nous sommes installés confortablement
dans nos habitudes de pensée ou même dans nos réflexes et combien l'Homéopathie,
par son essence même, remet tout cela en question.
Cependant toutes ces vérités que nous allons énoncer, si évidentes qu'on
ne les voit plus, si naturelles qu'elles sont subies comme des fatalités,
trouvent toutes une réponse dans un ouvrage publié il y a environ 200
ans par le fondateur de l'Homéopathie Samuel HAHNEMANN. Et inévitablement,
immanquablement notre pensée est ramenée à cet ouvrage de base que peu
de médecins, même homéopathes, ont lu et qui s'appelle "l'Organon de l'art
de guérir".
Nous parlerons souvent de cet ouvrage initial de l'Homéopathie. Non pas
par goût des choses anciennes mais pour montrer combien ces choses anciennes
sont d'une actualité brûlante et montrer également que 200 ans n'ont pas
permis de se rapprocher de la solution. Quel gâchis et que de temps mal
employé !.. Il ne s'agit pas d'une bible, car l'Homéopathie n'est pas
une religion à laquelle il faut croire dans un peuple de fanatiques, mais
d'un ensemble d'évidences qu'il suffit de savoir regarder. Ce n'est pas
non plus une philosophie, même si son titre, l'Organon (l'Instrument),
évoque les traités sur la Logique d'Aristote, ce qui devrait bien rassurer
les Cartésiens. C'est simplement une invitation à regarder les choses
autrement.
Il est seulement amusant de se souvenir, lorsqu'on cite l'Organon, qu'il
s'agit d'un ouvrage jetant les bases d'un système cohérent d'étude de
la vie à une époque où l'empirisme était absolu en médecine. Actuellement
l'empirisme s'abrite derrière des touffes de justifications scientifiques,
cactus esseulés dans le désert de notre ignorance. Et les toques de nos
maîtres, si elles habillent de prestige leurs dires, ne sauraient nous
faire oublier tout ce qu'ils ignorent encore sur la vie et ce qu'il y
a de vaniteux dans leurs théories. Ce qui était vrai hier, ne l'est plus
aujourd'hui. On brûle facilement ce qu'on avait coutume d'adorer. Souvenez-vous
seulement des levures qui, il y a dix ans, devaient accompagner tous vos
antibiotiques et qui maintenant sont considérées comme un luxe inutile,
voire une faute.
Quoiqu'il en soit HAHNEMANN a dès la fin du 18 ème siècle mis au point
un système qui, pour analogique qu'il fût, n'en était pas moins scientifique.
Les cybernéticiens ont en effet montré la validité des systèmes qui ne
s'appuient pas sur un raisonnement cartésien, mais qui sont largement
vérifiés par l'expérience de chaque jour. Le système d'HANNEMANN est encore
valable aujourd'hui, lui, et il guérit à chaque instant des milliers de
malades. Il convient d'ajouter enfin que dans l'Organon, HAHNEMANN a parlé
de l'expérimentation avant Claude BERNARD et de médecine psychosomatique
avant FREUD. Il ne peut donc y avoir de meilleur avocat pour défendre
sa propre cause et nous l'appellerons souvent à notre aide.
a) la vraie guérison.
Le but principal de l'Homéopathie est de guérir.
Cette vérité, inscrite dès la première ligne de l'Organon, fait sourire
ceux qui n'ont jamais réfléchi au problème de la maladie et de la guérison.
Malades comme médecins pensent qu'on n'a pas attendu après l'Homéopathie
pour guérir, que le monde est fort heureusement rempli de millions de
gens guéris sans que l'Homéopathie n'ait rien à voir là dedans et qui
sont là pour attester et glorifier la validité de la Science médicale.
Mais le point essentiel est de savoir faire la différence entre palliation
et guérison.
Faire de la palliation, c'est donner un médicament dans le but de soulager
les symptômes pour lesquels le malade consulte. Mais ces médicaments n'évitent
pas que les symptômes réapparaissent d'une façon habituelle à la moindre
nouvelle agression de sorte que le malade est contraint à des restrictions
permanentes dans ses facultés et obligé à des traitements répétés ou permanents.
Apporter la guérison c'est redonner la santé à l'individu d'une façon
complète, totale et durable de sorte qu'il se sente bien non seulement
pour la maladie qui l'a amené à consulter mais dans la totalité de son
être, maintenant et dans l'avenir. La guérison change le mode réactionnel
de l'individu aux agressions extérieures et aux agressions des maladies.
C'est le but de la vraie médecine.
Prenons un exemple. Vous avez un rhume. Vous allez consulter votre médecin.
Il vous donne des médicaments.
Vous n'avez plus de rhume(un rhume non soigné dure une semaine, un rhume
soigné dure sept jours). Vous pensez que vous avez été guéri.
Vous n'avez pas vu le vrai problème.
La question à laquelle vous avez omis de répondre est de savoir ce qui
s’est détraqué dans votre organisme pour qu'il fasse un rhume. Faute de
répondre à cette question vous serez victime du prochain rhume de la même
façon que vous avez été victime du premier, puisque vous n'aurez rien
fait pour lutter contre la raison réelle de la maladie.
Car si vous croyez qu'un rhume est dû au hasard, que deux rhumes de suite
c'est une malchance et que cinq rhumes pendant l'hiver c'est une fatalité
survenue parce que vous avez une "nature" à faire des rhumes, si vous
croyez que vos douleurs vous frappent parce que vous avez une "nature"
à avoir des douleurs, ne perdez pas votre temps à lire plus avant et continuez
à vous soigner par l'Allopathie...
Qu'on ne me parle pas de contagion. Il est d'expérience quotidienne que
deux personnes peuvent se coucher dans le même lit sans faire la même
infection. On parle de terrain à attraper des maladies et c'est encore
de terrain qu'on parle lorsqu'un traitement choisi de la façon la plus
scientifique n'atteint pas le but souhaité : la thérapeutique était bonne
mais le terrain mauvais.
Qu'on ne me dise pas non plus que le rhume est une maladie des voies respiratoires
car c'est toujours l'ensemble de l'organisme qui répond à l'agression.
Certains malades enrhumés ont des courbatures, d'autres des insomnies,
d'autres ne peuvent plus penser. C'est une maladie humiliante; on a une
si petite chose et on en conçoit une si grande gêne ; on est fui par tout
le monde sans compassion. Voilà qui n'est pas négligeable pour le malade
qui ressent tout cela et donc pour le médecin qui veut réellement aider
son malade.
Pour d'autres malades enfin un rhume sera l'occasion de voir se réveiller
une peur panique du cancer qu'aucune pulvérisation pour le nez ou la gorge
ne saurait soigner et que le malade n'exprime pas lorsqu'il vient consulter.
La surenchère des médicaments pour les voies respiratoires s'installe,
mais aucun ne guérit la peur du cancer. Ce qui est vraiment à soigner
chez un tel malade, ce n'est pas le rhume (voir Organon par. 3).
Prenons un autre exemple. Chaque fois que vous faites un repas un peu
plus important que d'habitude, vous avez mal à l'estomac. Ce n'est pas
très grave. Votre gastro-entérologue vous a parfaitement rassuré : il
n'y a ni ulcère, ni cancer. Mais cela dure depuis 10 ou 20 ans et vous
n'imaginez pas que vous puissiez faire autrement : depuis 10 ou 20 ans
vous allez chez le pharmacien après chaque gueuleton et vous achetez une
boite de pastilles qui vous soulagent instantanément ou en quelques jours.
Tout va bien jusqu'aux prochaines fêtes de famille ou jusqu'au prochain
"dîner d'affaires". Vous avez fait de la palliation, pas de la guérison.
Votre traitement, qu'il soit des pastilles de bicarbonates ou des granules
homéopathiques tirées d'un livre de recettes ou prescrites par un médecin
peu scrupuleux, n'est pas le bon. Le but de l'Homéopathie n'est pas de
vous permettre de digérer des pierres, ni de pouvoir mettre des tonnes
de moutarde ou de piment sur vos aliments; le but est de pouvoir vivre
comme tout le monde, sans avoir besoin dès que vous mangez un peu plus
ou dès que vous buvez un verre de vin, de recourir à des béquilles indispensables
à votre confort.
Lorsque vous mettez une pommade sur un genou rhumatisant, vous soulagez
un peu votre douleur, mais le rhumatisme est toujours là. Votre palliation
vous obligera à mettre de la pommade chaque jour, mais votre articulation
continuera à se déformer et à se raidir sous vos yeux.
Si votre enfant fait de la fièvre, votre premier réflexe est de lui mettre
un suppositoire pour faire baisser la fièvre. Mais vous êtes-vous demandé
ce que devient dans tout cela la maladie qui a causé la fièvre ? Qu'est-ce
qui vous permet de penser qu'elle va "s'arranger" ? Si votre enfant a
le microbe de l'angine, est-ce que le microbe va s'en aller ? Est-ce que
le suppositoire contre la fièvre va nettoyer sa gorge ?
Si votre enfant débute une méningite, que peut votre suppositoire ?
Vous avez fait de la palliation, parfois même vous avez perdu un temps
précieux pendant lequel la maladie s'est installée plus profondément.
Je sais, vous n'êtes pas responsable. C'est votre médecin qui vous a dit
de faire comme cela pour ne pas être dérangé au milieu de la nuit, pour
son confort à lui et pour votre confort à vous qui paniquez devant les
chiffres de la fièvre. Mais pas nécessairement pour la santé de l'enfant.
La fièvre est une réaction salutaire de l'organisme et des
travaux récents ont montré qu'elle limite la prolifération des microbes
et des virus; avoir 40° est le seul traitement connu actuellement pour
tuer les virus. Les pédiatres promoteurs du « suppositoire qui fait baisser
la fièvre » s'abritent derrière le "risque convulsif" et il est vrai que
la convulsion du nourrisson, d'ailleurs exceptionnelle après l'âge de
1 an, est une expérience difficile et impressionnante pour les parents.
Mais vaut-il mieux savoir qu'un cerveau est susceptible de convulser quand
les parents sont là pour donner des soins attentifs au nourrisson et éventuellement
l'emmener à toute allure à l'hôpital, ou vaut-il mieux attendre que l'enfant
fasse un retard de développement intellectuel à cause des absences (mini
crises d'épilepsie où l'enfant semble dans la lune) qu'il fera en classe,
ou mieux encore découvrir que ce cerveau souffre à cause des crises d'épilepsie
qu'il fera, plus grand, au volant de sa mobylette ou de sa voiture ? Parents,
à vous de choisir ! Pour moi, le choix est fait. L'Homéopathie fait toujours
baisser la fièvre en quelques heures parce qu'en plus elle rend la santé
à l'enfant en guérissant la maladie qui a causé la fièvre et en redonnant
à l'organisme une énergie nouvelle. Parce que l'Homéopathie vise la guérison
et non la palpation.
b) la totalité des symptômes.
Pour traiter une maladie, le Médecin allopathe observe
les symptômes de la maladie afin de faire un diagnostic. C'est-à-dire
que parmi les plaintes du malade il sélectionne ce qui est significatif
d'une maladie, ce qui peut être rattaché à une maladie et il élimine tout
ce qui est personnel. Il exclue bien sûr les plaintes qu'il ne peut expliquer,
qu'il ne sait pas rattacher à la maladie, mais qui cependant existent.
Lorsqu'un certain nombre de symptômes vont dans le sens d'un diagnostic,
le médecin dit "c'est telle maladie" et le malade entre avec sa maladie
dans une catégorie. On dit que le médecin est allé du particulier au général.
Alors il ouvre un tiroir de sa mémoire et il en sort l'ordonnance typique
pour la maladie en question, ordonnance qu'il peut bien sûr moduler en
fonction de la tolérance aux médicaments de son malade, mais qui en gros
est toujours la même pour une maladie donnée, quelque soit le malade.
Pour traiter une maladie, le Médecin homéopathe observe ce qui est particulier
à son malade, c'est-à-dire la façon dont le malade fait sa maladie. Il
y a bien sûr tous les symptômes de la maladie et le médecin homéopathe
doit être capable de les reconnaître pour ne pas les confondre avec les
signes du malade. Et c'est en partie à cause de cela que l'Homéopathie
ne peut être pratiquée que par des médecins. Chaque malade fait sa maladie
d'une façon différente que seule l'expérience de la maladie permet de
reconnaître.
Revenons à la fièvre de votre enfant. Le Médecin allopathe vous demande
"combien votre enfant a-t-il de fièvre ? Cela lui sert à évaluer l'importance
de la maladie, mais le seul but de votre médecin est en réalité de savoir
si votre enfant a une otite ou une angine pour orienter le traitement
dans une direction ou une autre. De toute façon ce sera un antibiotique
plus quelques petits soins locaux.
Le Médecin homéopathe, lui, cherchera à tirer des renseignements sur le
tempérament de l'enfant selon la façon dont il fait sa fièvre. En effet
si votre enfant a 40° et se couvre, grelotte au fond de ses couvertures,
est tout pâle et refuse de boire, ce ne sera pas le même malade, pour
le médecin homéopathe, qu'un enfant qui a 40°, se découvre, a chaud, est
tout rouge, et boit sans arrêt. Ce sont deux enfants qui ont 40; c'est
peut-être dans les deux cas la même maladie; un médecin allopathe aurait
sans doute fait la même ordonnance à ces deux enfants. Mais pour moi et
pour tous les médecins homéopathes, ceux sont deux enfants différents
et qui ne sauraient relever du même traitement. S'il existe une telle
différence entre eux, ce n'est pas sans raison et cela signifie quelque
chose. En tout cas cela est utilisable par le médecin homéopathe qui observe
les signes que présente le malade et non pas seulement les maladies.
Et maintenant que j'ai un petit peu attiré votre attention sur ces différences,
maintenant que vous commencez à vous rendre compte qu'il y a des différences
et qu'il est utile de les observer, remettez-vous en mémoire la dernière
épidémie de grippe qui a frappé 3 ou 4 membres de votre famille.
N'est ce pas qu'il n'y en avait pas un qui se comportait de la même façon
? En gros tous avaient les symptômes de la grippe : début brutal, forte
fièvre, courbatures musculaires. Mais les uns étaient très abattus alors
que d'autres semblaient peu gênés par leur forte fièvre. L'un préférait
rester sans bouger, l'autre préférait bouger parce que cela calmait ses
douleurs. L'autre était grognon, irritable, envoyait tout le monde balader.
Chacun avait une soif différente : l'un pas du tout, l'autre beaucoup,
l'autre seulement pour des boissons froides, l'autre pour des boissons
chaudes. Chacun faisait sa maladie à sa façon. Et chacun aurait eu un
remède homéopathique différent. On est parti du général, la grippe, et
on est allé au particulier : la façon de faire sa grippe, particulière
à chaque individu.
Parce que ce mode réactionnel est caractéristique de l'individu et de
la façon dont son énergie propre se défend contre l'agression de la maladie,
on peut dire que ces signes sont une indication de son tempérament. Le
médecin homéopathe en tire des conclusions pour connaître l'individu et
pour le soigner maintenant et dans l'avenir. C'est en partie à cause de
cela que je pense qu'il est indispensable que le médecin homéopathe se
rende disponible pour recevoir rapidement les malades au cours de leurs
maladies aiguës.
Vous avez pu observer que le Médecin homéopathe qui cherche à soigner
un malade atteint de la grippe s'intéresse à la façon dont ce dernier
fait sa fièvre, mais aussi à sa soif, mais également à son caractère.
En effet ce qui compte ce n'est pas le bout de l'individu qui est malade,
mais la totalité de l'individu. Il ne saurait être question de faire comme
les allopathes qui sont de plus en plus spécialisés, disséquant l'individu
en petits morceaux pour mieux l'analyser. Le médecin homéopathe, lui,
prend du recul et observe l'individu entier. Il n'analyse que pour mieux
faire la synthèse, c'est-à-dire pour mieux comprendre chaque malade dans
sa totalité et mieux le soigner dans sa totalité (Organon par. 7).
C'est pour cela que, au patient qui me demande "c'est pourquoi ce que
vous m'avez donné ? ", je réponds "c'est pour tout" ... Alors le regard
du malade m'indique combien cette idée désoriente les gens qui sont habitués
à penser autrement.
c) le mal par le mal.
D'ailleurs le principe de l'Homéopathie le plus communément
connu " on soigne le mal par le mal " ne fait que confirmer cette idée
de la totalité des symptômes.
En effet, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que si une substance
donnée est capable chez un individu sain de produire un certain nombre
de réactions, cette substance sera celle qu'il faudra donner à l'individu
malade qui aura ces mêmes réactions vis-à-vis de la maladie.
Prenons encore une fois un exemple. Vous donnez de l'Arsenic à un individu
sain. Pas une forte dose, car sinon vous ne verrez rien, sauf le croque-mort;
ce n 'est pas le but et vous donnez des petites doses. Vous voyez apparaître
dans tous les cas des vomissements, des diarrhées, une gêne respiratoire,
des signes d'intoxication à l'Arsenic. Mais pour l'observateur averti
deux choses apparaissent évidentes. La première c'est que les signes de
l'intoxication ne se manifestent pas que sur un organe (l'estomac ou l'intestin
ou le poumon) mais sur l'ensemble de l'organisme. Si on regarde bien,
on verra que le visage est pâle, que la bouche est pleine de sang, que
la peau démange, que les muscles sont faibles, etc. ... Dans chaque partie
de l'organisme se manifestent des signes dans une succession d'ailleurs
caractéristique (cf. WOODWARD)
De la même façon lorsqu'on donnera le remède Arsenic choisi selon les
principes de l'Homéopathie, on sait que le remède agira sur toutes les
parties de l'organisme.
La seconde notion qui apparaîtra lors de l'essai d'une substance sur un
individu sain, dans notre exemple lors de l'intoxication par l'Arsenic,
c'est que, si tous les gens qui reçoivent de l'Arsenic font des troubles
digestifs, le plus grand nombre les feront d'une certaine façon : leurs
brûlures seront améliorées par des boissons chaudes. Si tous font des
angoisses, un grand nombre d'entre eux fera des angoisses à deux heures
du matin. Dans la façon de faire des brûlures d'estomac, dans la façon
de faire des angoisses, est apparue une modalité réactionnelle caractéristique
de l'Arsenic et caractéristique d'un certain nombre d'individus chez qui
cette sensibilité particulière à l'Arsenic pourra se manifester pour de
très faibles doses de toxique. Les symptômes de cette modalité réactionnelle,
ces symptômes si particuliers, auront une très grande valeur pour l'Homéopathe
et définissent le "type sensible", le type de malade qu'on pourra guérir
par ce remède précis.
d) les doses infinitésimales.
Mais rassurez-vous, on ne vous donnera pas de l'Arsenic
pour vous soigner. L'inventeur de l'Homéopathie pensait comme vous et
moi que le médicament ne doit pas tuer le malade ni provoquer une maladie
plus grave que celle qu'on désire soulager. C'est pour cette raison qu'il
chercha à diminuer les effets nocifs des remèdes en les diluant de plus
en plus. Il indiqua la nécessité d'ajouter à cette dilution une succussion(des
secousses). L'ensemble succussion plus dilution s'appelle la dynamisation.
Or il constata rapidement que plus la dynamisation est grande plus les
effets du remède sont profonds et importants, plus les réactions de l'organisme
sont énergiques. Plus la dynamisation est élevée, plus le remède agira
dans toutes les parties de l'organisme, sur la totalité de l'organisme.
De sorte que lorsqu'on arrivera à n'avoir plus que quelques atomes ou
quelques fractions d'atomes de la molécule qui sert à préparer le remède,
on atteindra une importance d'action encore plus grande. HAHNEMANN faisait
de la médecine à l'échelle atomique avait l'aire atomique. La Science
n'a pas encore compris la raison de cette action à si faible dose, mais
vous pouvez être certain qu'elle le comprendra un jour. En attendant c'est
un fait confirmé chaque jour.
Ce qui compte en Homéopathie ce n'est pas la quantité mais c'est la qualité,
c'est-à-dire le niveau de dynamisation choisi par le médecin.
D'ailleurs - aussi déroutant que cela paraisse pour des gens qui ont l'habitude
de considérer les médicaments comme dangereux - lorsqu'on me demande "Combien
j'en prends ? " je réponds " ce que vous voulez ". Et là encore je provoque
des grands désespoirs chez les gens qui veulent bien « essayer l'Homéopathie
» mais pas remettre en question ce qu'ils ont tenu comme sacré depuis
leur naissance.
Ainsi les principes de l'Homéopathie « le mal par le mal »" et les doses
infinitésimales ne sont qu'un aspect de la règle fondamentale qui domine
tout, celle de la totalité des symptômes, règle qui indique le chemin
à suivre pour que le remède aboutisse à une vraie guérison.
e) le mode d'action de l'Homéopathie.
Vous commencez maintenant à connaître les principes de
base de l'Homéopathie, mais vous vous demandez comment et pourquoi elle
agit.
J'aurais pu vous dire qu'en Allopathie il y avait des milliers de choses
inexpliquées et la médecine a tellement d'ignorances évidentes que quelques
boutades m'auraient permis de sortir du piège en mettant les rieurs de
mon côté. Cependant je ne pouvais pas décemment esquiver la question puisqu'il
est vrai que certains se la posent et puisqu'il existe une proposition
faite par l'inventeur de l'Homéopathie.
Mais nous approchons là un domaine théorique qui n'a pas bien sa place
dans un écrit qui se veut pratique et clair pour tout le monde. Les lignes
qui suivent traitent d'un domaine de réflexion si inhabituel qu'on ne
peut le rendre évident ni simple à comprendre. De sorte que vous ne devez
pas avoir de gêne à remettre la " digestion " de ces lignes à plus tard.
L'idée fera son chemin en vous et vous la retrouverez au moment voulu.
Lorsque S. HAHNEMANN comprit et expérimenta sur lui-même que le quinquina
( habituellement utilisé pour combattre la fièvre ) était susceptible
de provoquer de la fièvre, sa constatation aurait été de faible portée
s'il ne l'avait replacé dans le cadre d'une réflexion plus profonde sur
la maladie.
Vous avez déjà constaté qu'une maladie chasse l'autre. Quand vous avez
une crise de foie, un dérangement digestif, tout le temps où vous avez
mal dans le ventre vous n'avez plus mal à votre rhumatisme, puis le mal
de ventre disparaît et progressivement votre douleur rhumatismale reprend
son cours. D'autres ont constaté que pendant un mal de dents ils n'ont
plus de crise d'asthme. D'autres ont constaté que lorsqu'ils ont dans
leur vie une mauvaise nouvelle, une très grosse contrariété, une très
grosse préoccupation, leurs douleurs habituelles ne les ont plus gênés
pendant un certain temps, puis sont réapparues comme s'il suffisait d'y
penser pour les sentir à nouveau. Cela est souvent interprété comme la
preuve que les douleurs de ces gens sont " psychiques ", mais c'est faire
bon marché de leur mal qui est réel, c'est piétiner la réalité de leurs
lésions. Ils sentent bien que tout s'est passé comme si la maladie avait
été un instant comme sidérée par autre chose. Les scientifiques les plus
au fait des derniers développements de la médecine diront qu'ils ont une
explication évidente à ce genre de phénomène. Une douleur violente, dans
le ventre par exemple, déclenche la fabrication par l'organisme de fortes
quantités de substances chimiques semblables à la morphine (substances
morphino-mimétiques - médiateurs chimiques - neurotransmetteurs) qui inondent
l'organisme de sorte que les douleurs habituelles ne se sentent plus.
Nous ne saurions nous contenter de cette explication qui indique bien
que l'organisme a la faculté de fabriquer des substances contre la douleur
même si elle est très vive, mais qui n'indique pas pourquoi ce même organisme
ne fait rien contre nos douleurs de tous les jours, contre les petites
courbatures musculaires qui conduiront à des lésions arthrosiques des
articulations, contre les spasmes des bronches qui produisent l'asthme.
Ces théories sur la chimie du cerveau, pour précieuses et séduisantes
qu'elles sont, ne rendent pas compte des modifications que nous observons
dans le cours des maladies lorsque nous prenons du recul.
Nous autres médecins nous rencontrons des tas d'exemples de ces phénomènes
dans notre pratique quotidienne, mais nous n'y prêtons pas beaucoup d'attention
parce que nous ne savons pas en tirer parti. Lorsqu'il y a une épidémie
de vraie grippe, nous ne voyons plus les maladies qui nous occupent si
fortement habituellement et les enfants qu'on nous montre n'ont plus ni
le nez plein de pus ni les tympans tout rouges. Dans les hôpitaux psychiatriques,
il est bien connu que les malades mentaux sont moins agités lorsqu'ils
ont une maladie de peau. Qu'une pommade vienne supprimer cette éruption,
et l'agitation reprend.
Lorsque nous écoutons bien nos malades, nous découvrons des choses encore
plus surprenantes. Certains nous disent : " Avant j'avais tel ou tel trouble,
je ne l'ai plus maintenant " et nous nous demandons comment un tel miracle
a été possible; alors nous posons des questions plus précises sur cet
" avant ". C'est avec surprise que le médecin découvre (souvent en même
temps que le malade) qu'il y a eu un évènement, une maladie ou une opération,
qui semble avoir brusquement changé le mode réactionnel du malade. L'histoire
de la maladie du sujet semble avoir fait volte-face, un virage à 180°;
rien n'est plus pareil. Nous sommes habitués à ce qu'une agression physique
ou psychique provoque des troubles, mais nous n'avons pas bien l'habitude
d'observer lorsque cette même agression provoque la disparition des troubles.
Ainsi il existe une sorte de concurrence des maladies entre elles. Certaines
semblent avoir plus ou moins de force, certaines paraissent l'emporter
sur d ' autres.
A l'époque d'HAHNEMANN les maladies infectieuses étaient très préoccupantes,
les grandes épidémies étaient très dangereuses et JENNER venait de découvrir
que la vaccine était une maladie de faible force, très semblable à la
variole, mais qui protégeait contre la variole.
Le mérite de HAHNEMANN fut de constater que lorsque deux maladies étaient
très différentes (il disait dissemblables) une maladie de faible importance
pouvait interrompre provisoirement le cours d'une maladie grave, mais
la maladie grave réapparaissait toujours. Au contraire lorsque deux maladies
naturelles ou artificielles étaient très semblables, elles étaient susceptibles
de se guérir l'une par l'autre. Je dis bien guérir, c'est-à-dire que la
première maladie ne réapparaissait pas lorsque la seconde avait terminé
son cycle, son évolution (cf. Organon par. 35 à 50).
Or HAHNEMANN avait compris que les médicaments provoquaient chez l'individu
sain une réaction qui était une sorte de maladie artificielle. Il imagina
d'inoculer au malade la maladie médicamenteuse pour chasser la maladie
naturelle.
Alors on va frémir dans les chaumières. Quoi, cette Homéopathie qu'on
dit si inoffensive agit en provoquant une maladie ou, ce qui plus est,
un combat de maladies ! On imagine tout de suite les grands dinosauriens
se déchirant entre eux à l'intérieur du pauvre organisme du malade affaibli
cette fois doublement par la maladie et par la thérapeutique qui se battent
entre elles. Qu'on se rassure.
La maladie médicamenteuse présente des avantages évidents car elle est
contrôlée par le médecin dans ses caractères, dans sa durée et dans son
intensité. En effet le médecin connaît cette maladie qu'il provoque car
il a étudié les expérimentations qui ont été pratiquées chez les individus
sains. Par elles il sait tous les signes qui sont apparus, il sait toutes
les circonstances, toutes les modalités d'action du remède. D'autre part
il sait quelle est la période pendant laquelle on peut penser que le remède
délivré est susceptible de provoquer une réaction. Enfin grâce à la dynamisation
le médecin est capable d'atténuer la maladie médicamenteuse; il peut l'adapter
à la force du malade et à la force de la maladie qu'il désire combattre.
Le médecin a donc tout pouvoir pour contrôler et régler la concurrence
de la maladie naturelle et de la maladie artificielle médicamenteuse.
Ainsi dès 1801, S. HAHNEMANN était en mesure de protéger les enfants contre
une épidémie de scarlatine en donnant de la Belladone, parce qu'il avait
remarqué que la scarlatine débutait comme l'intoxication de l'homme sain
par la Belladone. Ce merveilleux résultat ne suffit-il pas, à lui seul,
pour encourager tous les médecins à vérifier ce qui est vrai dans les
théories d'HAHNEMANN, puisqu'il est certain que "dans l'art de guérir,
négliger d'apprendre est un crime".
Il est évident qu'il ne faut pas provoquer plusieurs maladies médicamenteuses
à la fois et qu'il ne faut pas prendre trop longtemps un remède homéopathique
car il convient de laisser la maladie médicamenteuse s 'éteindre.
Maintenant vous pouvez mieux comprendre le véritable sens, le sens profond,
du principe « les semblables soignent les semblables ». Il ne s'agit pas
vraiment d'un remède qui traite une maladie, mais d'une maladie qui guérit
une maladie.
On dit souvent qu'en Homéopathie on soigne le malade et non la maladie.
Il serait plus exact de dire qu'on soigne effectivement une maladie, mais
pour provoquer une maladie semblable (c'est-à-dire trouver le remède qui
provoque une maladie semblable) on observe le mode réactionnel du malade
et non la maladie.
Les symptômes d'une maladie ne sont que la partie visible de l'iceberg
que constituent la maladie et le malade qui la porte.
f) les buts de l'Homéopathie.
Après avoir défini les principes et les moyens d'action
de l'Homéopathie, il convient d'en définir les buts.
Que pouvez-vous attendre de l'Homéopathie ?
Vous avez entendu dire mille fois « se soigner par l'Homéopathie, c'est
long » ou « c'est une médecine douce, donc c'est une médecine lente »
Il convient de ne pas se laisser obséder par les clichés et il faut avant
toute chose définir ce dont on parle.
Si l'Homéopathie traite une maladie aiguë chez une personne habituellement
en bonne santé, vous pouvez espérer la disparition des symptômes dans
les heures qui suivent la prise du remède. Si votre enfant a de la fièvre
dans le cadre d'une angine ou d'une rhino-pharyngite, la fièvre disparaîtra
et la plupart des symptômes - douleur de la gorge ou écoulement nasal
suivant le cas - s'amélioreront en quelques heures. Le résultat est le
plus souvent spectaculaire, un remède bien choisi agissant avec la rapidité
et la précision d'un coup de fouet.
J'ai étudié six ans l'Homéopathie avant d'oser prescrire un remède homéopathique
dans le traitement d'une angine. L'éducation médicale que j'avais reçue
me faisait craindre pour mon malade les pires complications et me faisait
donner des antibiotiques à toutes les angines même si je savais pertinemment
que seulement une sur mille pouvait être dangereuse. Mais lorsque mon
expérience en Homéopathie a été suffisante, j'ai compris que la disparition
de tous les symptômes était si étonnamment complète et rapide que la maladie
n'avait aucune chance de poursuivre son extension, même sur un mode modéré
qui pourrait m'échapper. La maladie est réellement foudroyée.
Mais il n'en va pas de même lorsqu'on s'attaque à une maladie ancienne,
chronique, qui depuis des années fait des ravages sur l'organisme, s'y
inscrivant sous forme de lésions souvent irréversibles. Si les lésions
ne peuvent pas toujours disparaître sous l'effet de l'Homéopathie, on
peut chercher à modifier progressivement la façon dont l'organisme réagit
à ces lésions, et également, pourquoi pas, la façon dont l'individu tire
des bénéfices secondaires de sa situation de malade. Il s'agit alors de
modifier non pas seulement un symptôme, mais également le mode réactionnel
du malade. C'est cela le but de la vraie guérison.
Et cela n'est pas impossible. Il convient seulement de s'atteler à la
tâche en suivant les vrais principes de l'Homéopathie. Tant que l'organisme
vit, il est susceptible de réagir d'une façon ou d'une autre.
Le plus souvent vous désirez balayer ce qui vous rend malade depuis l'enfance;
vous voulez que disparaissent des symptômes que vous avez déjà confiés
à des dizaines de traitements en les voyant toujours persister, sinon
s'aggraver. Vous trépignez d'impatience devant votre médecin homéopathe,
vous n 'avez plus le millième du courage que vous avez eu avec vos précédents
traitements, vous vous conduisez comme un enfant qui veut tout, tout de
suite. En fait vous montrez avec certitude que vous n'avez pas tiré la
leçon de vos échecs précédents, que vous n'avez pas compris l'importance
de la tâche et que vous donnez plus de prix à un soulagement provisoire
qu'à une vraie guérison.
Soyez donc réaliste : pour changer un tempérament, il faudra du temps
mais pas proportionnellement au bénéfice que vous en tirerez. Votre petit
effort vous donnera de grands résultats. Encore faut-il avoir de l'ambition
et le but du traitement sera celui que vous vous fixerez.
g) les limites de l'Homéopathie.
Bien évidemment l'Homéopathie connaît des limites et des
échecs.
D'abord il est certain qu'on ne saurait s'attaquer à n'importe quelle
maladie, car il est des cas où les lésions sont si avancées et si invalidantes
qu'on peut difficilement espérer une amélioration. Chez une personne âgée,
la force vitale n'offre pas de grandes possibilités de réaction. Chez
un cancéreux, je ne me sens pas capable de résoudre les problèmes tant
la maladie est avancée lorsqu'on fait le diagnostic et tant l'importance
des lésions prédomine alors sur la nature des lésions et sur la réaction
de l'organisme. Quand la vie d'un malade est en jeu, je n'ai pas le courage
de lui ôter sa chance en refusant les traitements habituels.
Le seul problème du médecin homéopathe est de définir, de sentir jusqu'où
il peut aller. Et la lésion n'est pas le point qui marque sa limite.
En effet l'ulcère d'estomac, par exemple, est une authentique lésion pouvant
aller jusqu'à la perforation; mais on sait combien c'est une lésion influencée
par des facteurs psychiques, combien les souffrances qu'il provoque peuvent
être transformées rapidement par un remède homéopathique ou par une seule
séance d'acuponcture.
En fait chaque Homéopathe doit aller jusqu'où son expérience lui permet
d'aller et ne pas aller plus loin. Il sera souvent le premier surpris
par les guérisons qu'il obtiendra et alors il élargira ses tentatives.
Mais il ne doit surtout pas suivre les théories qui fleurissent partout
chaque jour et qui en fait ne reposent pas sur des principes solides et
vérifiés par l'expérimentation clinique.
Par contre lorsque la maladie est avancée, que l'organisme lui semble
ne plus pouvoir réagir suffisamment pour atteindre la guérison, le médecin
homéopathe ne visera plus qu'à donner un traitement palliatif qui devra
avant toute chose être le moins nocif possible pour le malade. Il faut
ajouter de la vie aux jours et non pas des jours à la vie.
Ce traitement palliatif pourra être fait de remèdes homéopathiques choisis
non pas parce qu'ils sont susceptibles de modifier la réaction du malade,
mais choisis parce qu'un ou plusieurs symptômes du malade ou même de la
maladie sont habituellement soulagés par ces remèdes. C'est de "l'Allopathie
dynamisée ". Dans le cadre de ces traitements palliatifs, la phytothérapie
sera bienvenue car il est vrai qu'elle peut apporter des soulagements
merveilleux.
La seconde notion qui limite l'action de l'Homéopathie est ce qu'il convient
d'appeler les « obstacles à la guérison ». Il s'agit d'une part des anomalies
dans le mode de vie mais d'autre part et surtout du terrain.
HAHNEMANN lui-même avait constaté que dans certains cas les remèdes homéopathiques
choisis et administrés selon les principes les plus orthodoxes, n'aboutissaient
qu'à une amélioration partielle ou provisoire. Il comprit qu'il existait
des maladies qui étaient fortement inscrites dans les individus et qui
réapparaissaient sans cesse sous une forme semblable ou différente. Ces
maladies étaient l'expression d'une réceptivité et d'une prédisposition
particulières à certains types d'agressions. C'était donc une facilité
à réagir d'une certaine façon, facilité d'autant plus vive que les précédentes
expressions de ce mode réactionnel avait été camouflées par des moyens
suppressifs ou palliatifs mais nullement curatifs - et ce non seulement
chez l'individu malade mais également chez ses ascendants (ses géniteurs,
ses fournisseurs de gênes).
A ces modes réactionnels particuliers HAHNEMANN donna le nom de Miasmes
et il échafauda une théorie qui tenait fortement compte des préoccupations
médicales de son époque. Mais je pense qu'on peut y reconnaître trois
façons de réagir universelles :
- les hypo-réactifs, ceux qui ne réagissent
pas assez
- les hyper-réactifs, ceux qui réagissent trop,
- les dys-réactifs, ceux qui réagissent d'une façon anarchique, on
pourrait dire perverse. |
Il y a des gens qui, quoiqu'ils fassent, semblent réagir insuffisamment.
Si on les attaque, ils ne se défendent pas ou mal. Ils sont incapables
de faire une colère. S'ils ont peur, l'angoisse les inhibe et les cloue
sur place. Lorsqu'ils mangent, ils réagissent en digérant lentement. Lorsqu'ils
font une diarrhée, elle ressemble à une besace pleine qu'on crève : les
selles s'écrasent dans la cuvette. S'ils ont de la fièvre, même une toute
petite fièvre, ils semblent s'éteindre doucement. Leurs troubles sont
maximum dès le matin car la journée qui vient est déjà trop lourde à porter.
Ce sont les « hypo-réactifs ».
Chez d'autres malades au contraire tout réagit trop. Chez eux tout est
excès : leurs sécrétions, leurs colères, leurs fièvres. Si on les attaque,
on est noyé dans un flot de paroles et de gestes. De la même façon, s'ils
ont peur, ils s'agitent beaucoup. Lorsqu'ils digèrent, ils sont pleins
de spasmes. Leurs selles diarrhéiques sont comme un jet sous pression.
S'ils ont de la fièvre, elle est très forte et très impressionnante. Leurs
troubles surviennent le soir car tant d'excès finit par fatiguer l'organisme.
Ceux-là sont les « hyper-réactifs ».
D'autres enfin semblent toujours réagir de travers. Ce sont ceux chez
qui la moindre petite chose devient une catastrophe. Si vous les bousculez,
vous vous retrouvez facilement avec un couteau dans le ventre. S'ils ont
peur, leur angoisse peut les conduire au suicide. Lorsqu'ils ont des ennuis
avec leur digestion, ce sont des ulcères ou des perforations. Lorsqu'ils
ont une diarrhée, vous pouvez être certain qu'il y a du sang dedans. Quant
à leur fièvre, elle sera toujours la nuit au grand désespoir du médecin...
Je les ai désigné comme « dys-réactifs ».
Mais il y a plus intéressant.
En regardant bien il arrive que ce soit des familles entières qui semblent
réagir toujours de la même façon, toujours selon le même mode. Les coups
de froid des enfants, les douleurs gastriques du père, les infections
bronchiques du grand père, l'eczéma de la tante semblent tous marqués
par cette façon d'être de la famille.
Lorsqu'il est confronté à ce genre de malade, l'Homéopathe sait que ce
n'est pas seulement une maladie qu'il soigne mais une famille. Il sait
que la guérison nécessitera la compréhension de tous les modes réactionnels
inscrits dans le malade par son hérédité. Le traitement devra tenir compte
de plusieurs générations de mauvaises habitudes et de maladie.
Votre rhume, par exemple, n'est souvent rien d'autre que l'expression
actuelle d'une prédisposition morbide. Sa solution ne saurait être immédiate.
En attendant d'être en mesure, grâce à la connaissance la plus approfondie
de votre cas, de déterminer le remède ou les remèdes successifs qui vous
aideront, votre médecin utilisera des remèdes à visée moins ambitieuse,
peut-être simplement palliatifs.
Mais il le fera de la façon la moins fréquente possible et de la façon
la plus douce possible. Car sinon il modifierait votre mode réactif et
rapidement il ne pourrait plus reconnaître ce qui est votre maladie, ce
qui est votre terrain et ce qui est votre réaction aux remèdes successifs.
Cela ne devra cependant pas faire oublier le vrai but qui doit être poursuivi
avec acharnement : la guérison
h) les oppositions à l'Homéopathie.
Depuis que je vous affirme les mérites de 1'Homéopathie vous vous dites
: " pourquoi cette science, si elle est si merveilleuse, est-elle si peu
répandue ?".
Je vous propose de lire un texte qui répond clairement à cette question
:
... "Il est temps que je parle des
obstacles qui ont arrêté la propagation de la nouvelle méthode curative.
Je les distinguerai en obstacles généraux qu'elle a de commun avec
toute grande découverte, et en obstacles particuliers qui lui sont
propres.
Quant aux obstacles de la première espèce, j'y comprendrai les préjugés
contre tout ce qui est entièrement contraire aux opinions établies,
l'indolence et le manque d'intérêt pour les nouvelles découvertes,
la malice et la jalousie envers le mérite, enfin le penchant de tourner
tout en ridicule.
Pour ce qui est du premier point(les préjugés contre tout ce qui est
entièrement contraire aux opinions établies), je soutiens que les
hommes en général ne sont pas aussi grands amateurs de la nouveauté,
qu'on a coutume de les en accuser.
Au contraire ils ont une profonde estime pour tout ce qui est couvert
de la rouille des siècles et il faut des secousses violentes, une
nécessité extrême, ou des impulsions données par des autorités majeures,
pour les en détourner. La chose étant une fois consacrée par la mode,
il est vrai qu'elle fera des progrès étonnants; mais la difficulté
est qu'elle y arrive.
- Quoi, s'écria-t-on lorsque la nouvelle doctrine médicale fut communiquée
au public, quoi, un seul homme prétend avoir trouvé ce que des milliers
de médecins les plus sages et les plus savants n'ont pas trouvé avant
lui ? Un seul homme veut abattre d'un coup de baguette l'édifice majestueux
d'un système qui subsiste depuis tant de siècles ? Cela est inouï,
cela est impossible.
Je demande à ces amateurs de l'antique et des opinions reçues si c'est
pour la première fois qu'un seul homme ait fait une découverte dont
on n'avait pas l'idée auparavant, et qui bouleverse le superbe échafaudage
de toute une science ? N'a-t-on pas cru pendant 5.500 ans, que notre
monde n'était composé que de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique et
ne fut-ce pas le seul Colomb qui conçut le premier l'idée lumineuse
d'une quatrième partie de la terre, et qui en prouva la réalité, malgré
les dérisions de ses contemporains ? - N'a-t-on pas cru pendant plus
de 5.500 ans que le soleil tournait autour de la terre, et ne fut-ce
pas le seul Copernic qui en démontra le premier le contraire, et proposa
ce beau système qui portera son nom à la postérité la plus reculée
? Cependant combien d'ennemis ce système n'a-t-il pas rencontré, et
il n'y a que quelques années que le Saint Siège l'a admis, bien que
provisoirement.
Voilà comment sont en grande partie les hommes; vous avez beau leur
parler raison, les préjugés l'emportent !
Une autre classe de personnes est trop indolente pour se soucier des
nouvelles découvertes. Trop occupés de leurs plaisirs, de leurs gains
et de leurs affaires privées, elles s'embarrassent peu du bien commun
et des événements qui y ont rapport. La doctrine homéopathique est
une chose qui demande des méditations sérieuses et de mûres réflexions,
pour se convaincre de sa vérité et de son excellence. Mais ces bonnes
gens n' aiment pas à réfléchir eux-mêmes et sont contents que d'autres
fassent aller les choses comme elles vont. L'Homéopathie blesse l'indolence
encore d'une autre façon. Cette méthode qui a pour but de ramener
les hommes sur la voie de la nature, prescrit à tous ceux qui veulent
conserver la santé, et surtout aux malades chroniques qui veulent
la recouvrer, un régime simple et naturel qui demande une abstinence
sévère de quantité de jouissances introduites et généralement reçues
par le luxe, mais pernicieuses au bien-être du corps et de l'âme.
Mais les faibles et les indolents aiment mieux souffrir de temps en
temps les tourments de la maladie et des remèdes violents, que de
se priver constamment des plaisirs de la sensualité, car une patience
momentanée est plus facile à pratiquer qu'une résignation continuelle.
Une troisième espèce d'individus qui contrecarrent toutes les grandes
découvertes et toutes les nouvelles doctrines importantes, sont les
méchants Il y a des personnes d'un caractère si malveillant, qu'elles
se sentent blessées par tout ce qui paraît de sublime et d'excellent,
et qu'elles ne sauraient jamais se résoudre a reconnaître la supériorité
d'un génie éminent. Dominées par l'envie et la jalousie, elles mettent
en jeu toutes les intrigues et toutes les cabales possibles pour prévenir
le public contre l'auteur d'une grande découverte et pour éteindre
dans sa naissance le flambeau de la vérité. Certes, cette sorte de
gens n'ont pas manqué a l'occasion de la nouvelle méthode curative.
Les bruits les plus calomnieux furent répandus contre elle, et on
n'épargna pas même les mo eurs et le caractère de son vénérable fondateur.
On pourrait remplir un volume entier avec les fables qu'on a fabriquées
et qu'on fabrique encore sur l'Homéopathie. Je n'en rapporterai qu'une
seule pour la curiosité du fait; c'est que Mr. HAHNEMANN et ses sectateurs
traitaient presque toutes les maladies avec de l'arsenic; mensonge
grossier et absurde aux yeux de quiconque connaît les ouvrages et
le traitement de l'auteur.
Cette sorte d'adversaires trouva des appuis convenables dans une partie
nombreuse du public, je veux dire dans les railleurs et les gens crédules.
Les derniers se fient bonnement a tout ce qu'on leur veut faire imaginer.
Les premiers, sans véritable intérêt pour aucune chose, ne cherchent
qu'à s'amuser et à amuser les autres. Que l'objet en question soit
sublime ou bas, bon ou mauvais, admirable ou méprisable, n'importe,
pourvu qu'il fournisse matière à leurs bons mots. On a bien vu Socrate
tourné en dérision par Aristophane; les pauvres Athéniens se mirent
à rire sans savoir qu'ils étaient eux-mêmes les dupes L'auteur de
la méthode homéopathique a aussi rencontré ses Aristophanes et ses
Athéniens et il est impossible de dire quel dommage il en a résulté
pour la chose même.
Mais en voilà assez sur les obstacles généraux qui ont arrêté la propagation
de la nouvelle doctrine: venons en à présent aux obstacles particuliers.
Ils dérivent de deux sources : de l'école médicale dominante et de
l'institution des pharmaciens.
Je proteste d1avance que ne n'ai nulle intention d'offenser l1ordre
honorable des médecins ou celui des pharmaciens. Mais tout en m'abstenant
de chaque personnalité, je ne saurais m'empêcher de rapporter les
faits. Il y va de l'honneur de la nouvelle doctrine, et je m’en croîs
responsable au public. La crainte de déplaire n'enchaînera pas ma
franchise, mais l'intérêt que je porte a cette cause, ne me rendra
pas injuste envers ses adversaires. Il est profondément gravé dans
la nature de l'homme, qu'il craint de se voir ravir ce qui lui a coûté
beaucoup de peine à acquérir.
Or, le savoir et la conviction en fait de sciences, étant la propriété
intellectuelle des hommes de lettres, il est naturel que toute nouvelle
découverte ou doctrine qui menace de changer la face d'une science
entière, soit révoquée en doute et combattue par nombre de ceux qui
professent les anciens principes. Soyons justes et nous trouverons
que cette conduite n'a rien de blâmable en elle-même. Aussi bien qu'il
y a une diversité de croyance en fait de religion et de politique,
il y en a aussi une dans toute science. Que chacun défende la sienne
par tous les moyens licites que lui offre la sagacité de son esprit
et la richesse de ses connaissances. Mais qu'il soit aussi disposé
à examiner avec impartialité et, s'il est nécessaire, par des expériences
propres, la réalité des principes de ses adversaires, et qu'il les
embrasse de bonne foi, dès qu'il les trouvera préférables aux siens.
Une pareille lutte des opinions sera une chose infiniment louable,
car une objet étant envisagé sous des rapports différents, en sera
mieux éclairé et la vérité sortira enfin de ce combat dans toute sa
splendeur. Heureux, s'il en eut toujours été ainsi ! Mais rien n'est
plus difficile pour les hommes que de séparer leur propre intérêt
de celui de la chose même: l'un et l'autre se confond insensiblement
dans leur âme. La haine, l'envie, la jalousie se mêlent au zèle littéraire,
les esprits s'enflamment et s'aigrissent, et une recherche franche
de la vérité ne devient que trop souvent une guerre de partis. Quiconque
aura lu avec attention l'esquisse que je viens de donner ci-dessus
de la doctrine homéopathique, n'aura pas manqué de saisir la différence
tranchante qu'il existe entre ses principes et ceux de l'école dominante.
A peine eut-elle donc été mise au jour par HAHNEMANN dans la première
édition de l'Organeau en 1810, qu'elle rencontra de toutes parts la
plus vive résistance.
Il y aurait sans doute de l'injustice à prétendre, que tous les médecins
eussent dû abandonner à l'instant même la méthode qu'ils avaient adoptée
comme vraie et salutaire, et qu'ils avaient suivie pendant une longue
pratique; il y aurait eu même de la légèreté dans un abandon aussi
brusque. Une croyance aveugle est indigne de l'homme; c'étaient des
réflexions sérieuses et des essais consciencieux qui devaient décider
du mérite de la nouvelle doctrine. Aussi suis-je persuadé que bien
des médecins sensés examinent à présent sur cette voie la médecine
homéopathique. Mais malheureusement il n'en fut pas ainsi lors de
sa première apparition; au moins personne n'avoua hautement la nécessité
d'un tel procédé. L'esprit de secte sembla dominer une grande partie
des esprits. Ce furent surtout plusieurs de ceux qui avaient brillé
jusqu'alors par des ouvrages écrits dans le sens du système dominant,
qui craignirent de se voir enlever leur gloire et leur autorité littéraire,
et qui usèrent donc de tout leur ascendant sur le public médical pour
le prévenir contre la nouvelle doctrine.
Sans examiner par des essais purs la réalité de ses principes, on
se borna à la combattre avec les armes de la théorie et a lancer contre
elle un anathème impérieux. Une autre grande partie des médecins,
trop occupée de sa pratique pour se livrer à la critique exacte des
nouveaux ouvrages, et accoutumée à voir paraître et disparaître chaque
lustre un autre système de médecine, s'en rapporta volontiers au jugement
de ces écrivains distingués, faisant autorité pour eux, et continua
tranquillement d'exercer la méthode coutumière, sans s'intéresser
à la découverte importante qui venait d'être faite.
Il y eut enfin nombre de bons vieux médecins, d'ailleurs très estimables,
qui ne purent entrer dans les vues d'une méthode aussi originale,
quoiqu'ils en eussent la bonne volonté.
Les idées dont l'esprit de l'homme a été une fois imprégné dans la
jeunesse, et d'après lesquelles il s'est réglé pendant quarante ou
cinquante années de pratique, exercent sur lui un ascendant si puissant,
qu'un changement total de ces idées lui est presque impossible.
Ce fut ainsi que Mr. HAHNEMANN resta pendant quelques années le seul
à exercer la méthode homéopathique, et qu'excepté les journaux de
médecine, on n'en parla pas plus en Allemagne qu'en Saxe et surtout
à Leipzig, où cet homme ingénieux faisait son domicile. Cependant
la force propre de la vérité ne laissa pas de manifester ses effets.
Les cures heureuses de HAHNEMANN attiraient sur lui l'attention des
laïques. Sa pratique augmenta de jour en jour; la réputation de l'efficacité
merveilleuse de son procédé curatif ne se répandit pas seulement au
delà des frontières de la Saxe, mais pénétra même en Autriche, en
Prusse, en Russie et en d'autres pays étrangers. Des malades chroniques,
délaissés de tout secours, affluèrent de toute part pour se soumettre
à son traitement et ils recouvrèrent la santé.
Aussi se forma-t-il autour de lui un cercle de jeunes étudiants en
médecine, qui assistaient à son cours public sur l'Organon. Ces jeunes
gens, libres encore des préjugés de l'école, se convainquirent facilement
de la vérité de la nouvelle doctrine et secondèrent son fondateur
dans ses essais des vertus spécifiques des médicaments. Ce fut ainsi
que se forma la première pépinière de l'école médicale réformée; et
il en sortit des hommes pleins de talents, qui se répandirent dans
quelques villes provinciales de la Saxe et y exercèrent la nouvelle
médecine avec le plus heureux succès. Il y eut même par-ci par-là
des médecins, élevés dans les principes de l'école dominante et versés
depuis longtemps dans la pratique, qui embrassèrent publiquement la
réforme et donnèrent par la de beaux exemples de courage et de résignation.
L'ancienne école médicale sentit bien le péril dans lequel elle se
trouvait, et que l'édifice du vieux système avait été ébranlé jusque
dans ses fondements. Ce fut surtout dans la ville où le fondateur
de la nouvelle doctrine avait son domicile, qu'on s’empressa de mettre
des entraves à ses progrès qui devenaient de jour en jour plus marquants.
On chercha de nouveaux alliés, on imagina de nouveaux stratagèmes,
et on fut heureux dans l'une et dans l'autre. Me voilà arrivé à la
seconde source des obstacles particuliers qui s'opposèrent a la propagation
de la méthode homéopathique, je veux dire l'institution des pharmaciens.
Mais ici il me faudra remonter un peu plus haut.
Quiconque connaît l'histoire de la médecine, n'ignore pas que les
médecins dans les temps anciens, et encore au commencement du moyen-âge,
dispensaient, c'est-à-dire préparaient et distribuaient eux-mêmes,
leurs médicaments. Mais la manière de les composer devenant toujours
plus compliquée et les ingrédients plus précieux, les médecins ne
se trouvèrent plus avoir ni le temps ni les moyens nécessaires pour
exercer eux-mêmes la dispensation des remèdes. Il leur semble plus
convenable d'abandonner cet emploi aux marchands-droguistes, et ce
fut ainsi que ces derniers devinrent peu à peu des artistes pharmaciens,
de négociants qu'ils étaient d'abord. Mais ce nouvel emploi exigeant
des dépenses considérables, pour assortir les magasins de cette incroyable
quantité de drogues plus ou moins précieuses, et pour maintenir tout
ce vaste appareil nécessaire à des laboratoires de chimie, il s'en
suivit que les pharmaciens demandèrent aux gouvernements des privilèges
exclusifs d'exercer la fonction susdite. Il les obtinrent et il y
avait de la justice à les leur accorder. Car d'abord chaque commerçant
doit vivre de son débit, et il était de l’intérêt public et de la
police qu'une profession aussi importante pour la santé et la vie
des hommes (dont les médecins ne voulaient plus se charger), ne fut
exercée que par des gens instruits et honnêtes, pour ne pas être exposées
aux abus les plus funestes.
Les privilèges des pharmaciens et les lois prohibitives données en
leur faveur, étaient donc amenées par la nature des choses et se trouvaient
conformes à l'état de la médecine. Mais tout a changé de face depuis
la fondation de l'école médicale réformée. La méthode homéopathique
ne se sert (comme on l'a vue dans l'esquisse précédente de ses principes)
que de remèdes simples. Leur préparation n' a rien de compliqué et
n'exige qu'un petit appareil. Enfin ils sont administrés en si petites
doses, que le médecin n'a besoin que d'un très petit assortiment de
drogues pour suffire longtemps aux besoins de sa pratique. Or il n'existe
pour les médecins homéopathes aucune de ces raisons qui rendent l'institution
des pharmaciens si désirable et si nécessaire à l'école médicale dominante.
Mais outre ces raisons négatives qui permettent au médecin homéopathe
de se passer de secours étrangers et l'encouragent à réclamer les
anciens droits de sa profession, il y a encore des raisons positives
qui lui en font un devoir de conscience et de prudence tout à la fois.
L’extrême petitesse des doses homéopathiques demande d'un coté la
pus grande pureté dans la qualité des médicaments, et de l'autre la
plus grande exactitude dans leur préparation.
C'est de l'existence de ces deux conditions que dépend absolument
le succès de la cure. La méthode homéopathique est une méthode nouvelle,
qui doit premièrement se frayer un chemin à travers les préjugés et
gagner la confiance des hommes par des faits incontestables, c'est-à-dire
par des cures heureuses. Peut-on bien, sans être injuste, prétendre
du médecin homéopathique qu'il confit une charge aussi importante
à des mains étrangères, et qu'il expose aux chances du hasard et sa
propre réputation et celle de la méthode ? Le matériel des médicaments
homéopathiques est si mince, que le pharmacien ne saurait faire qu'un
gain insignifiant avec leur préparation, d'ailleurs il lui reste toujours
la crainte que, la nouvelle méthode étant une fois généralement approuvée,
les médecins ne trouvent pourtant moyens de réclamer le droit de la
dispensait des remèdes. Comment veut-on que les pharmaciens goûtent
une doctrine qui les menace tôt ou tard de la ruine de leur profession
?
- Je suis bien éloigné de croire que les pharmaciens soient capables
de commettre des supercheries dans la préparation des remèdes homéopathiques.
Mais il suffît qu'ils manquent du zèle nécessaire, et voilà une présomption
qui en général sera contre eux , car il serait contre la nature de
présumer que les hommes s'empressent d'agir contre leur intérêt. D'ailleurs
ce n'est pas le maître pharmacien seul qu'il faut mettre en considération;
le pauvre médecin doit aussi se confier à la bonne volonté des garçons-pharmaciens,
jeunes étourdis et parfois brouillons, qui s'intéresseront peu à la
gloire et au triomphe de l'homéopathie. Qui ne connaît pas les surprises
singulières et souvent funestes qui arrivent fréquemment dans les
pharmacies? Le médecin homéopathe se trouve à cette occasion dans
une position encore plus critique que le médecin de l'école dominante,
car, vu l’extrême petitesse du matériel médicinal que demande sa méthode,
il se trouve hors d'état de se convaincre d'aucune manière, si l'ingrédient
ordonné a été vraiment administré ou non ? - Mais il ne faut pas justement
que des méprises ou des altérations quant à la qualité du médicament.
Il suffit de ne pas observer la juste mesure des doses pour mettre
la vie en danger; car les remèdes homéopathiques, touchant directement
les parties de l'organisme qui sont déjà les plus affectées par la
maladie naturelle, opèrent avec une force infiniment plus énergique
que tout remède allopathique. Cependant, n'est-il pas plus que probable
que ces personnes, accoutumées aux grandes doses de la pratique ordinaire,
se moqueront des petites quantités que prescrit la nouvelle méthode
et s'embarrasseront peu d'y mettre l'exactitude requise ?
-Réunissez toutes ces circonstances sous un seul point, et vous conviendrez
que le médecin homéopathe ne saurait se refuser à la distribution
de ses médicaments, sans courir une chance très dangereuse.
Cependant il existe en Saxe, ainsi que dans les autres pays de l'Allemagne,
une loi qui porte que le droit de dispenser les médicaments appartient
exclusivement aux pharmaciens privilégiés...
Cependant l’école médicale dominante, quoique guidée par d'autres
intérêts, partage les mêmes craintes que la nouvelle méthode curative
soit un jour généralement adoptée... La coalition est formée et le
plan d'opération est tracé. Le coup part de Leipzig. Plainte solennelle
est portée de la part des pharmaciens contre le docteur HAHNEMANN,
pour avoir violé leurs privilèges de dispenser exclusivement les médicaments.
Le procès est entamé, hélas, quelle en fut l'issue !
Je suis bien éloigné de vouloir blâmer la conduite du gouvernement
sage, sous lequel j'ai le bonheur de vivre; c'est la force des circonstances
qui l'emporte sur la bonne volonté des hommes. Le gouvernement ne
précipita pas sa décision; non, il demanda auparavant aux premières
autorités médicales des avis motivés et détaillés, relatifs au sujet
en question. Pouvait-il faire autrement que de s'adresser aux experts
de l'art dans une affaire où les connaissances dans cet art doivent
seules décider ? Mais les réponses ne furent pas douteuses ; juges
et partis se trouvaient réunis dans les mêmes individus ". |
A votre avis de quand date ce texte ? Ne semble-t-il pas
avoir été écrit hier ou aujourd'hui ?
Mais il date de 1823 - Oui, ce texte a été écrit le 20 Avril 1823 par
Ernest Georges de Brunnow et fait partie de son introduction à la traduction
de l'allemand en français de la 2ème édition de l'Organon.
Les obstacles à la propagation de l'Homéopathie n'ont pratiquement pas
changé.
La pratique de la recette est encouragée par les Laboratoires pharmaceutiques
qui mettent à la disposition du public des informations qui favorisent
l'idée qu'à telle maladie correspond tel groupe de remèdes et qu'on peut
bien se soigner soi-même en les essayant les uns après les autres ou en
les prenant, pourquoi pas, tous ensembles. Le but évident est d'augmenter
les ventes, non pas de guérir. Le plus triste est que ces Laboratoires
pharmaceutiques tiennent également en main la plupart des revues destinées
aux médecins. Ces revues ne pourraient pas vivre sans la publicité des
Laboratoires qui les contrôlent de ce fait. On y publie des études peu
sérieuses scientifiquement portant sur un très petit nombre de cas mais
cherchant à promouvoir l'usage de telle ou telle recette.
La vraie Homéopathie devra donc faire son chemin uniquement grâce aux
succès qu'elle obtient.
Mais il convient néanmoins de savoir se défendre d'une façon qui soit
déterminée et nette, sinon tranchante. Certains grands Professeurs de
la médecine dominante sont parfois appelés par les gouvernements à donner
leur avis sur l'Homéopathie (tant il est vrai que rien n'a changé depuis
l'époque où HAHNEMANN fut ennuyé). Certains membres de l'Académie de Médecine
prennent la parole, sans y avoir été invités (ou du moins veulent-ils
nous le faire croire), pour s'élever contre l'Homéopathie. Les uns et
les autres le font sans s'appuyer sur aucun travail scientifique et ne
se prévalent que de leur notoriété ou de leur science infuse. Il faut
absolument poser deux questions à ces détracteurs systématiques de l'Homéopathie
:
- combien de temps l'avez-vous étudiée ?
- combien de temps l’avez-vous pratiquée ? |
L'Homéopathie en a assez de perdre son temps avec des adversaires qui
ne sont pas même compétents.
Mais la critique la plus souvent rencontrée à notre époque est « l'Homéopathie,
on ne sait pas comment ça marche » ou "ça agit sur le psychisme des malades"
Si j’avais autant de millions que je connais d’explications scientifiques
ayant semblé intéressantes à leur publication et périmées après quelques
années !
Je suis heureux qu'on ne puisse démontrer scientifiquement comment marche
l'Homéopathie. Le jour où on le saura, cela signifiera qu'on aura percé
le mystère de la vie. Il n'y aura plus rien à découvrir. Fort heureusement,
Dieu n'est pas pressé de faire de nous ses égaux. Chaque progrès que nous
ferons dans la compréhension des mécanismes de l'Homéopathie me semble
utile, mais je me passe facilement de comprendre puisque mon seul but
est de guérir.
Alors il est bien possible que mon action se fasse au travers du psychisme
du malade. Pourquoi pas ?
Que sait-on sur les origines de la maladie ? Que comprend-on aux guérisons
? Qui peut, par exemple, expliquer l'action des guérisseurs ? Vous pensez
que cela aussi est "psychique" Alors ma réponse est nette: je préfère
agir comme je fais, qu'à travers des médicaments nocifs et entraînant
des effets secondaires parfois redoutables. Quand j'évite un antibiotique
à un enfant, je suis heureux. Quand je donne un médicament homéopathique
pour traiter une otite et que vous me dites que mon action est psychique,
je vous réponds : « Pourquoi donnez vous des antibiotiques et de la cortisone
pour une maladie que vous savez psychique ? » Quand j'évite la cortisone
à un rhumatisant, je suis heureux. Souvent le malade ne sait pas à quoi
il a échappé, mais moi, qui suis médecin, je suis conscient des risques
que je fais prendre à mes malades. C'est pour cette raison que je suis
tranquille : mon action n'est peut-être que "psychique" mais ce n'est
pas mon problème. Mon problème, c'est d'être efficace.
Je le suis avec l'Homéopathie pour le nouveau-né qui a de la fièvre ou
pour le chien qui a la diarrhée, mais je ne sais pas comment fonctionne
le psychisme d'un nouveau-né ou de ses parents ni le psychisme du chien
ou de ses maîtres. Peu m'importent les voies que prendra la guérison,
si ces voies ne me servent pas à mieux guérir !
III - LE MODE D'EMPLOI DE L'HOMÉOPATHIE
a) la recherche des signes.
C'est sur les facultés de réaction que l'Homéopathie va agir et ce sont
ces facultés que le Médecin homéopathe doit étudier avant de prescrire.
Le médecin homéopathe ne doit pas se limiter à trouver un remède pour
son malade. Il n'essaye pas des traitements " pour voir ". Il ne jette
pas les dès pour jouer avec la santé que le malade lui a confiée. Il doit
avant tout comprendre les mécanismes de réaction de son malade pour y
appliquer l'action la plus judicieuse.
Un bon conducteur de machine ne saurait se contenter d'appuyer sur l'accélérateur,
mais au contraire doit être capable de démonter et remonter le moindre
rouage de sa machine pour connaître et maîtriser toutes ses possibilités
de réaction.
Le médecin va interroger le malade et sa famille. Non pas seulement pour
rechercher les symptômes de la maladie, mais pour connaître ce qui est
particulier au malade dans sa façon de réagir à la maladie.
Mais comme un individu forme un tout indissociable, il conviendra d'observer
le malade non seulement dans l'immédiat, dans le moment de la maladie,
mais également dans le passé. Le fil de notre vie est continu, tissé d'un
seul morceau de la conception à la mort. Les chemins que nous empruntons
dès le premier jour laissent sur nous des traces indélébiles. Nous sommes
influencés par notre vie dans le ventre de notre mère, notre naissance,
nos premiers jours, notre enfance, notre adolescence. Certains événements
survenus au cours de ces différentes étapes seront d'une importance considérable
pour le reste de notre vie.
Une grossesse de votre mère, qui aurait été particulièrement difficile,
pourrait avoir nécessité l'administration de médicaments antibiotiques,
hormones, cortisone, qui, puisqu'ils étaient dans le sang de votre mère,
ont été dans votre sang pendant votre maturation, votre transformation.
Cela immanquablement a retenti sur vous. Il s'agit de notion auxquelles,
par pudeur, on préfère ne pas penser dans la médecine dominante.
Tout n'est pas aussi grave ni aussi retentissant que la Talidomide.
Plus près de nous, nous avons encore à l'esprit la découverte qu'un médicament
hormonal de la grossesse, donné couramment il y a peu d'années encore
et de préférence à d'autres (on disait « celui-là n'est pas dangereux
») s'est révélé responsable de cancers génitaux au moment de la puberté
ou de l'adolescence des enfants ainsi conçus. Quelle angoisse !
Mais si un médecin disait qu'il a donné ce médicament il y a 10 ou 15
ans comme il était alors habituel de le faire et qu'à la lumière des récentes
découvertes il a peur des conséquences qui pourront apparaître un jour,
on dirait qu'il n'est pas normal, qu'il est obsessionnel, ou on l’accuserait
de faire un accès de mélancolie ...
Cependant nos scrupules ne seront jamais assez grands avec la santé de
nos malades.
Si les retentissements dramatiques des médicaments administrés pendant
la grossesse à la mère, commencent à être mieux connus, les petits effets,
eux, ne sont pas étudiés.
En effet actuellement tout médicament mis sur le marché fait l'objet d'une
étude dans ce sens mais on se contente de rechercher les cancers et les
malformations sur des animaux observés à leur naissance ou pendant une
période relativement brève. Les médecins qui savent observer pensent que
cela est insuffisant et que ces expérimentations, surtout sur des animaux,
ne sauraient nous satisfaire.
Il faut faire attention dans notre pratique de tous les jours. Je vous
citerai par exemple un cas d'eczéma atopique (dit constitutionnel) du
nourrisson qui se prolongeait depuis plusieurs années. La mère avait reçu
un antibiotique pendant la grossesse. J'ai donné à l'enfant une préparation
homéopathique de l'antibiotique. Les disparition de l'eczéma a été spectaculaire.
Cela fera sourire certains médecins sceptiques ou adversaires de l'Homéopathie.
Ils ont raison, ce n'est pas une preuve. Mais c'est un fait sur lequel
il faut savoir réfléchir. D'un côté de nombreuses années d'échec d'un
grand nombre de professeurs spécialisés, de l'autre une thérapeutique
efficace. Ils diront que "c'est psychique" pour masquer leur ignorance
et surtout leur refus de se " casser la tête ". Moi, je dirai avec humilité
que ce que j'ai donné n'était pas de l'Homéopathie et que, même si l'eczéma
a disparu, même si la famille était contente, la vraie guérison de cet
enfant ne surviendra que lorsque j'aurai administré le remède qui tient
compte de sa susceptibilité réactionnelle. En effet d'autres mères ont
reçu cet antibiotique et leur enfant n'a pas eu d'eczéma Mais il y avait
quelque chose chez cet enfant qui a mal réagi. Ce quelque chose, je ne
le trouverai pas dans les analyses puisqu'on est là dans un domaine non
encore exploré par la science et parce que les analyses ne me serviront
à rien pour le traitement. Mais il y aura chez cet enfant une analogie
entre la façon dont elle a réagi à l'antibiotique de sa mère et la façon
dont elle réagira à d'autres agressions. Cela me conduira au remède qui
la guérira. On est loin de "la pommade qui marche bien".
Un Médecin homéopathe se souviendra toujours de cet exemple et saura rester
vigilant. C'est pourquoi il vous interrogera sur les circonstances de
la grossesse de votre mère.
Les circonstances de la naissance sont également intéressantes. En effet
un accouchement difficile peut avoir entraîné un manque d'oxygène pour
le cerveau et cela laisse des traces. On reconnaît cette cause à certaines
formes d'épilepsie, à certaines paralysies ou certaines faiblesses. Mais
la lésion du cerveau peut, heureusement, avoir été moins importante et
elle n'est pas pour autant négligeable.
L'Ostéopathie cranio-sacrée a permis de mettre en évidence et de vérifier
par la preuve de la guérison, de nombreux troubles liés à l'accouchement
qui "empoisonnent" la vie de nombreux malades. L'Homéopathie sait tenir
compte de cela. Nous rechercherons l'âge des premiers pas, des premières
dents, des premières paroles pour étudier le développement psycho-moteur
du nourrisson.
Il faudra s'intéresser aux premiers mois de la vie ,mais pas seulement
pour en connaître les maladies. Nous tirerons des indications du comportement
des nourrissons. Certains auront été somnolents, d'autres agités, d'autres
toujours en pleurs comme si quelque chose les gênait. Nous noterons quelles
ont été les réactions à l'alimentation maternelle ou artificielle. Certains
nourrissons auront eu de nombreuses difficultés avec leur tube digestif
(régurgitation, vomissements, diarrhées) d'autres avec leurs voies respiratoires
ou tout autre appareil, mais de toute façon cela laisse des traces et
peut très bien être une indication pour la sensibilité à faire certaines
maladies à l'âge adulte.
Nous nous attacherons tout particulièrement aux suites des vaccinations
parce qu'elles sont l'expression de la première réaction de l'individu
à l'introduction d'un corps étranger dans son organisme. Une vaccination
pourra avoir marqué le début d'une suite de rhino-pharyngites. ou bien
encore un eczéma peut apparaître après une vaccination.
Je me souviens d'une famille où la première enfant avait fait une encéphalite
(une inflammation du cerveau) après la vaccination antivariolique. L'enfant
avait été hospitalise' des semaines. Puis elle avait fait un eczéma recouvrant
tout le corps et entraînant une invalidité quasi totale : en effet les
croûtes séchaient en se rétractant et causaient des douleurs atroces à
chaque mouvement. Après plusieurs hospitalisations et, on l'imagine, des
tonnes de cortisone, l'enfant était toujours dans le même état, enveloppée
de bandelettes et souffrant jour et nuit. Eh bien que croyez-vous que
la Science ait fait lors de la naissance du second enfant? Elle a contraint
la famille - par la force puisque c'était par la menace du refus de l'enfant
dans les crèches et les écoles - à accepter la vaccination antivariolique
du second enfant, qui a immédiatement fait un eczéma aussi important que
celui de sa sœur...
Un individu qui aura fait de nombreuses infections rhinopharyngées ou
bronchitiques au cours de sa première enfance aura de forts risques d'être
moins robuste qu'un autre. Les maladies prolongées au cours de l’adolescence
pourront conduire à un retentissement sur la croissance, peut-être des
scolioses, des déformation thoraciques, des douleurs du rachis. Il existe
des traces de chaque chose, même si elles ne sont pas absolument évidentes.
On sait enfin l'importance du milieu familial sur le développement affectif
et émotionnel de l'enfant, et le rôle que peuvent jouer des chocs ou des
événements au cours de la première enfance. La médecine dominante est
très désarmée pour tirer partie de cela, discutant sur la valeur des psychothérapies
et hésitant à employer des médicaments chimiques qui ne résolvent pas
le fond du problème. La médecine homéopathique pourra, elle, pour le traitement
tenir compte de tous ces problèmes inscrits cependant très profondément
dans l'individu. Je me souviens d'une enfant qui faisait de l'asthme.
Sa mère me l'avait conduite en me disant " Docteur, ma fille fait la grippe
tous les 8 jours ". En fait, environ tous les 8 jours, l'enfant faisait
de la fièvre et toussait. Elle avait une forte allergie à la poussière
qu'on retrouvait dans les test sanguins. Mais la maladie était apparue
deux ans auparavant à la suite d'une peur. La petite à partir de ce moment
là, avait réclamé la lumière dans sa chambre pour dormir et quelques semaines
après avait commencé à tousser la nuit. Bien évidemment tous les médecins
savent la part importante que tient le psychisme dans l'asthme -tant dans
son déclenchement que dans son entretien. Mais ils ne peuvent pas en sortir
grand chose. Dans le cas présent, comme dans beaucoup d'autres, le remède
homéopathique qui a fait cesser cet asthme, tenait le plus grand compte
de la peur de la fillette.
S'il existe une mémoire de l'esprit, il existe également une mémoire du
corps. Nous sommes aujourd'hui le résultat de tout notre passé physique
et psychique.
Les maladies de vos parents ont également inscrit leurs marques sur votre
capital réactionnel. On le sait mieux depuis qu'on a étudié les chromosomes,
la génétique. Mais on le savait déjà lorsqu'on constatait qu'il y avait
des familles où on a un grand nez, des familles où on attrape facilement
la tuberculose, des familles où les cancers sont fréquents. Des millions
d'informations sont ainsi transmises d'une génération à l'autre, ne subissant
pas seulement l'influence des croisements chromosomiques parentaux mais
transmettant également des modifications acquises comme les réactions
au milieu et les maladies chroniques. Pas seulement les maladies chroniques
qu'on soigne avec les médecins, mais aussi celles qu'on subit toute sa
vie sans les soigner parce qu'on pense qu' il n'y a rien à faire ou parce
que plusieurs traitements ont échoué. Ce sont les signes d'une faiblesse
particulière d'un organe ou d'un système dont on peut retrouver la marque
chez les enfants et dont l'importance est notable pour le traitement qui
sera plus long et plus difficile dans ce cas que si vous n'aviez pas cette
faiblesse inscrite dans vos chromosomes. Par exemple si vous me dites
que votre père a toute sa vie évité de manger des fruits parce que cela
lui donnait la diarrhée, je serais beaucoup plus intéressé que si vous
me dites qu'il a commencé à faire de la tension à 60 ans, ce qui est assez
banal.
J'imagine que cela vous rend perplexe et que certains se trouvent rebutés
par la complexité de la tâche mais il s'agit de votre bien le plus précieux
: la santé. Ne continuez pas à laisser cela au hasard.
D'autres sont effondrés parce qu'ils se disent que leurs parents ne leur
ont jamais rien laissé savoir de tout cela, ou parce que leurs parents
sont morts et ne pourront jamais leur fournir tous ces renseignements.
Il est rare cependant qu'aucun fait caractéristique ne soit resté dans
la mémoire des familles. On dit ou on a dit « quand tu étais petit, tu
faisais tout le temps ça ou ça ». Ce sont des renseignements qui caractérisent
très bien l'enfant. Mais, même s'il ne reste rien à noter, que les patients
ne s'inquiètent pas. La Nature est généreuse et nous fournira de nombreux
renseignements dans d'autres domaines. Mais ce n'est pas une raison pour
négliger ceux là. Disons -le encore une fois : l'individu forme un tout.
Néanmoins le premier travail du Médecin homéopathe sera de récolter les
signes caractéristiques concernant la maladie pour laquelle vous consultez.
Il s'attachera d'abord à ce qui vous gêne le plus, le fait le plus saillant.
En effet, si vous avez, par exemple un rhume, ce sera soit l'obstruction
nasale, soit la toux, soit la fièvre qui prédominera et qui devra donc
attirer particulièrement l'attention.
Mais pour chaque élément qu'il étudiera, le médecin aura
besoin de ce que nous appelons des MODALITES. Pour nous les modalités
sont les éléments qui renseignent sur la façon de faire sa maladie, la
façon particulière à chaque individu de réagir à la maladie.
Reprenons l'exemple du rhume.
Si vous avez un écoulement de nez, c'est banal, cela ne renseigne pas
sur le remède qu'il faut prescrire. En Homéopathie, il y a 2000 remèdes
pour l'écoulement du nez. Il faut des précisions. Vous dites alors que
cet écoulement est fait de pus jaune. Cela rend les choses plus précises;
ce n'est pas un écoulement clair comme de l'eau, il n'est pas laiteux,
il n'est pas vert. Il ne reste que 1000 remèdes, mais c'est encore trop
pour une prescription. Vous ajoutez que votre nez est tout irrité par
cet écoulement. Là, il ne reste plus qu'une cinquantaine de remèdes qui
conviennent. Vous constatez également que votre écoulement est plus fort
lorsque vous êtes à l'intérieur et qu'il se tarit lorsque vous êtes dehors
: il ne reste que 5 remèdes. On ne va pas vous les administrer tous les
5 en se disant que le Bon Dieu reconnaîtra le sien et qu'avec un large
faisceau de chevrotine on a plus de chance de toucher au but qu'avec une
seule balle. C'est une attitude paresseuse qui n'est pas bienveillante.
Sur ces cinq remèdes il y en a fatalement un qui vous conviendra mieux,
qui agira plus profondément sur vous, qui restaurera mieux votre santé.
On s'aidera pour choisir le remède le plus adapté des circonstances qui
ont déclenché le rhume - un coup de froid, l'humidité, la fatigue, etc.
... et des autres signes qui accompagnent le rhume : fièvre, frilosité,
soif, troubles psychiques. Ce sont des signes qui existent et donc qu'on
n'a pas le droit de négliger.
Mais de toute façon chaque fois que vous énoncez une plainte à votre médecin
homéopathe, vous devez la moduler, apporter des modalités :
1) circonstances d'apparition,
2) type de sensation exacte,
3) localisation, latéralité, irradiations,
4) horaire,
5) aggravations,
6) améliorations,
7) concomitants ( ce qui accompagne ). |
Toutes ces précisions vous sembleront difficiles à apporter au début
de votre approche de l'Homéopathie. C'est normal, car vous n'êtes pas
entraînés à observer. Il y a des règles, des théories que vous n'avez
jamais remises en question, ce qui permet à votre esprit de se reposer
sur elles. C'est plus sécurisant. Ce sont des rails des ornières qui relient
telle idée à telle idée, et qui donnent l'assurance de ne pas dérailler
dans des raisonnements préfabriqués.
A l'intérieur de ces automatismes, l'esprit est prisonnier: il arrive
à ne plus rien voir et même à nier l'évidence. Reprenons l'exemple du
rhume puisque c'est une expérience banale et commune. Vous avez l'habitude
de considérer que cela provient d'un coup de froid et que pour le traiter
il faudra beaucoup de chaleur. Alors vous vous collez près du feu, vous
vous couvrez jusqu'aux dents. Certains seront soulagés en effet par la
chaleur? mais d'autres seront au contraire très nettement aggravés, ils
auront un écoulement nasal très augmenté et un mal de tête qui deviendra
insupportable. Mais ils ne s'en rendent pas compte parce que leur maman
et la maman de leur maman leur ont toujours dit de se mettre au chaud.
Les enfants dans leur pureté et dans la sûreté de leurs instincts le sentent
bien. Quand ils ont chaud, ils se découvrent. On les poursuit à travers
la maison avec une écharpe, avec un pull. Je connais une mère qui a passé
plusieurs années sans dormir alors qu'elle travaillait à l'usine dans
la journée. Elle restait assise à coté du lit de sa fille pour la couvrir
dès qu'elle se découvrait.
Ne faites pas comme cela. Vous avez un moyen simple de savoir si votre
enfant a froid ou chaud, c'est de le toucher, c'est de le "tâter". Utilisez-le.
Vous touchez la main, les pieds, mais également vous passez votre doigt
à l'intérieur des vêtements, par exemple au cou. Vous aurez si votre enfant
a froid ou chaud, s'il transpire ou pas, donc s'il a besoin d'être couvert
ou pas.
Mais de toute façon dites-vous bien ceci : on guérit 50% des rhino-pharyngites
du nourrisson en supprimant le chauffage dans la chambre, la nuit. La
plupart des parents à qui je donne ce conseil, poussent des grands cris.
Ils me disent qu'il fait froid chez eux, que c'est malsain etc. Je leur
dis que si une maison est chauffée dans la journée cela suffit et je ne
recule pas devant leurs craintes. Ceux qui me suivent sont largement récompensés.
L'hygiène de vie est la chose la plus importante pour prévenir les récidives
des maladies et le meilleur médicament ne peut résoudre les problèmes
si on n'observe pas bien les mauvais plis que notre société moderne ne
manque pas de nous faire prendre.
Il en va de même pour les bonbons qui ne sont pas seulement
une calamité pour les dentistes mais aussi pour les médecins L'infection
se développe plus facilement sur un sang sucré et les diabétologues ne
me contrediront pas. C'est un fait largement confirmé par l'expérience
qu'en supprimant les bonbons on rend un grand service aux enfants.
Chauffage coupé plus suppression des bonbons, c'est alors 80% des rhino-pharyngites
de l'enfant qui guérissent. Je le dis même si cela diminue apparemment
les mérites de l'Homéopathie , car en fait il restera pour le Médecin
le devoir de soigner cette remarquable sensibilité à la chaleur et au
sucre. Mais en supprimant le chauffage et les bonbons, on a fait une très
bonne palliation. Alors il faut être ferme. Il faut savoir apprendre à
la grand mère qu'il y a d'autres moyens, plus valables et plus profonds
(même s'ils demandent plus d'effort), de se faire aimer des enfants que
celui qui consiste à leur pourrir les dents et à favoriser leurs infections.
Si elles ne sont pas contentes, restez ferme. Votre enfant s'en portera
mieux et les rapports avec la famille ne seront pas complètement bouleversés
à cause des bonbons, à moins que ce soient des "bonbons" à une rupture
qui aurait eu lieu de toute façon.
Je ne puis résister à la tentation de vous raconter l'histoire d'une maman
qui se plaignait que son enfant ne mangeait pas. Elle lui donnait quatre
bonbons chaque matin et chaque après-midi quand il partait à l'école.
Un pour le chemin d'aller, deux pour la récréation et un pour le chemin
du retour. J'ai demandé à cette dame de changer cela. Elle m'a dit qu'elle
ne pouvait pas : dans son immeuble toutes les mères faisaient ainsi et
si elle ne faisait pas comme tout le monde, cela poserait des problèmes
pour son enfant et pour ce qu'on penserait d'elle. Vous voyez la force
des habitudes !
Même si vous avez du mal à changer au début vos automatismes de pensée,
tenez bon. Vous y arriverez après un certain temps, comme tout le monde.
Il suffit de vouloir vraiment et d'être persuadé de la valeur de la méthode
(sinon des inconvénients des autres méthodes). Et, vous verrez, vous sortirez
plus riche moralement de cette observation.
Quoiqu'il en soit votre Médecin homéopathe n'utilisera pas de la même
façon tous les signes que vous lui apporterez accompagnés de leurs modalités.
Il ne retiendra que ceux qui sont vraiment caractéristiques de la réaction
profonde, spontanée, de votre individu, non modifiés par la société et
les habitudes familiales. Si vous me dites que vous n'aimez pas le lait,
cela peut être intéressant, mais si vous n'avez jamais bu de lait parce
que votre maman n'aimait pas le lait et vous a toujours tendu une tasse
de lait en marquant une répulsion nette, le signe n'a plus de valeur.
Le médecin retiendra donc les signes qui sont les plus frappants, les
plus originaux, les plus inusités, les plus personnels (Organon, par.
153).
Vous avez plus l'habitude que vous le croyez, de remarquer de tels signes.
Quand vous invitez quelqu'un à manger, vous vous dites " Un tel , il ne
faut pas lui faire de la viande parce qu'il n'en mange pas ". " Un tel,
il ne faut pas le mettre près de la fenêtre parce que lorsque tout le
monde étouffe et qu'on ouvre un petit peu la fenêtre, il se plaint que
les courants d'air lui font mal au cou ou qu'il grelotte ". « Un tel,
il ne faut pas l'inviter avec d'autres personnes parce que, dès qu'on
le contredit un peu, il fait des colères terribles ». Vous faites de l'Homéopathie
sans le savoir.
Votre médecin sera surtout friand des signes qui indiquent qu'un individu
est, au plus profond de lui-même, différent de tous les autres.
Chaque fois que vous dites « ça n'arrive qu'à moi » prenez vite un crayon
et notez le : quelques signes comme celui-là indiqueront très nettement
à votre Homéopathe la voie à suivre.
Si dix caricaturistes représentent Winston Churchill, dix feront un dessin
différent d'un Churchill dans des tenues différentes, avec des attitudes
différentes, dans des circonstances différentes. Pour chaque dessin, le
style même sera très différent. Mais chaque fois vous reconnaîtrez à l'évidence
que c'est bien de Winston Churchill qu'il s'agit à l’aide de trois ou
quatre traits tout à fait caractéristiques qui figurent dans chaque dessin
et qui sont très significatifs de Winston Churchill.
Le travail de tout bon Homéopathe est de trouver, avec votre aide, un
minimum de signe de la plus grande valeur caractéristique pour chaque
malade.
b) les médicaments avant le traitement homéopathique
Ne truquez pas les cartes.
Il faut savoir tout dire à un médecin homéopathe parce qu'il s'intéresse
à tout ce qui vous concerne.
On a beaucoup discuté sur l'utilisation concomitante de l'Homéopathie
et de l'Allopathie. C'est une fausse discussion car, ici encore, il suffit
de définir ce dont on parle.
Dans un cas aigu, par exemple, ne prenez pas de médicament avant de venir
consulter.
Dans un cas aigu, la tâche principale est de soulager vite et l'Homéopathie
peut le faire tout en s’attaquant à la cause !
L’Homéopathe se basera surtout sur les signes du malade tels qu'ils sont
au moment où il fait son observation. Ces signes doivent être accompagnés
de leurs modalités qui indiquent au médecin la façon de réagir de l'organisme.
Si vous donnez un suppositoire pour faire baisser la fièvre de votre enfant
avant de l'emmener chez un médecin homéopathe, en dehors de l'erreur de
raisonnement que vous faites, vous supprimez des indications indispensables
comme par exemple celle de l'heure dans la journée où votre enfant fait
le plus de fièvre, ou encore comment il est quand la fièvre s'élève. Car
un enfant qui fait plus de fièvre à 18 heures ne se soigne pas comme un
enfant qui augmente sa température le matin au réveil ; un enfant qui
au maximum de sa fièvre se met à grelotter, ce n'est pas la même chose
qu'un enfant qui lors des paroxysmes de la fièvre se découvre. C'est compliqué,
mais ça existe, donc il faut en tenir compte. Ce ne sont pas des signes
que la Nature donne pour rien.
De même si vous donnez un peu d'aspirine à votre enfant en attendant la
consultation du médecin, vous aurez un enfant qui transpirera automatiquement,
du fait de l'aspirine, et votre médecin ne saura plus ce que fait votre
enfant de façon spontanée dans le domaine de la transpiration.
Et surtout ne donnez pas de l'Homéopathie en attendant votre médecin,
ou pour appliquer une recette qui vous éviterait de consulter votre médecin.
Vous risqueriez de donner un remède auquel votre enfant est si sensible
qu'il fera une réaction entretenant la maladie et faussant toutes les
cartes.
Un des cas où j'ai échoué il y a quelques années, était le cas d'un enfant
qu'on me conduisait pour la première fois. Cet enfant avait l'évidence
d'un tableau de Belladona que j'ai donné en 7 CH selon ma méthode habituelle.
La fièvre n'a pas baissé. Les parents me donnaient des nouvelles, mais
quelque soit la façon dont je retournais le problème, je retombais toujours
sur Belladona et je perdais mon latin. Même après avoir cessé Belladona
7, je n'avais qu'une amélioration transitoire. J'ai appris, après coup
seulement, que les parents, qui arrivaient d'une autre région, avaient
l'habitude de donner de façon répétée, Belladona 15 CH à leur enfant dès
qu'il faisait de la fièvre. Ce que j'avais observé lors de ma première
consultation, ce n'était pas le tableau naturel de l'enfant, mais le tableau
de l'enfant modifié par le remède. Cet enfant était en train de faire
une expérimentation de Belladona. J'ai eu l'air d'un imbécile, j'ai perdu
la clientèle de gens que j'estimais beaucoup mais cela m'a confirmé quelque
chose que je savais déjà mais pour lequel je n'étais pas encore assez
vigilant. C'est le prix qu'il faut savoir payer pour devenir plus expérimenté
Ne demandez donc pas à votre homéopathe de soigner un enfant modifié à
la fois par la maladie et par un médicament, car le médecin ne peut plus
reconnaître ce qui revient à la maladie naturelle et ce qui revient à
la maladie médicamenteuse.
Dans les cas chroniques, la place relative des médicaments et de l'homéopathie
est différente. Bien évidemment, là encore les médicaments modifient la
capacité réactionnelle de l'individu et l'homéopathe n'observera que des
signes faussés. Il devra donc aller chercher des renseignements dans un
autre domaine que celui traité par les médicaments, dans un autre organe,
dans un autre système, en espérant toutefois qu'il n'existe pas des effets
secondaires méconnus du médicament en question, effets qui altéreraient
la valeur de son observation.
Mais quoiqu'il en soit, le médecin homéopathe ne saurait demander au malade
d'arrêter brusquement tout médicament car, comme nous l'avons vu, il y
a une habitude qui s'est créée et qui fait que des réactions se produisent
lors de l'arrêt brutal des médicaments. Si vous prenez des calmants et
que vous les arrêtez brusquement pour prendre un médicament homéopathique,
on peut prévoir des catastrophes et en tout cas on ne pourra tirer aucune
conclusion sur l'effet du traitement.
Il faut savoir s'adapter aux médicaments que prend le malade.
Votre Médecin homéopathe n'est pas complètement fou et il ne supprimera
pas des traitements qui vous sont indispensables pour les remplacer par
du vent, pour faire des essais, ou pour prescrire un remède dont l'action
est hypothétique. Il est des domaines où les médicaments ne sauraient
être remplacés.
Mais en acceptant de voir la maladie sous un autre angle, et notamment
celui de l'Homéopathie, il est rare qu'on n'arrive pas à réduire progressivement
les « drogues » qui vous gênent.
Il n'est pas de problème dont vous ne puissiez pas discuter avec votre
Médecin homéopathe.
c) les médicaments pendant le traitement homéopathique
Pendant le traitement homéopathique, vous pouvez être amenés
à utiliser des médicaments allopathiques. Ce n'est généralement pas une
catastrophe si vous ne le faites pas pour supprimer une des réactions
naturelles de l'organisme au traitement, comme nous le verrons plus loin.
Mais il faut se souvenir de deux choses :
1) - lorsque vous consultez pour une maladie, le Médecin homéopathe
vous interroge sur tout votre organisme et vous prescrit un remède qui
agit sur tout l'organisme en redonnant une énergie nouvelle à votre santé,
de sorte que vous serez sans doute agréablement surpris de voir vos petites
misères habituelles disparaître.
2) - ces troubles qui vous font prendre de temps en temps un comprimé
d'aspirine on un sachet de bicarbonate ne subsistent que parce que vous
les avez mal soignés jusqu'à présent ; il faut maintenant agir sur la
cause et non sur les effets ; si vous êtes réellement embêté par quelque
chose pendant le traitement, n'est-il pas plus simple de prendre un rendez-vous
avec votre Médecin homéopathe et de regarder, avec lui, les choses d'un
oeil nouveau ?
Certains vous proposeront, pendant votre traitement, des médicaments homéopathiques,
en vous disant que, puisque vous vous soignez par l'homéopathie, vous
devez continuer. Cela est encore pire et je préfère tous les traitements
allopathiques à ces aides qui se veulent innocentes mais qui ne sont qu'inconscientes.
Comment peut-on ignorer que les remèdes homéopathiques peuvent s'antidoter
mutuellement? En tout cas si on l'ignore, on ne donne pas de conseil à
son prochain.
Il devrait être bien connu que certains remèdes peuvent
avoir de mauvaises relations entre eux et que les uns peuvent empêcher
l'action des autres. Je me souviens d'un cas d'asthme qui était merveilleusement
soulagé et amélioré par Nux Vomica. Un jour, la malade me consulte pour
une laryngite qui la faisait beaucoup souffrir. Les symptômes homéopathiques
correspondaient bien à Causticum, qui est un antidote de Nux Vomica. Comme
ma dernière prescription de Nux était ancienne de plusieurs années, je
me suis cru autorisé à prescrire Causticum. L'asthme est réapparu immédiatement
- dans les deux heures qui ont suivi la première prise de Causticum -
et elle n'a plus jamais été soulagée par Nux. Cela m'a rendu très prudent.
Soyez le également.
d) la prise du remède.
Les remèdes homéopathiques sont vendus habituellement par
les Laboratoires homéopathiques en granules ou en doses. Ce sont des petits
grains de sucre imbibés en surface par le remède. C'est parce que le remède
est en surface qu'il convient de ne pas toucher les grains avec les doigts.
Dans le cas des doses on porte la totalité du contenu du tube à la bouche.
Dans le cas de granules, on verse le nombre de grains désirés dans le
couvercle et on porte le couvercle à la bouche. C'est pour cette raison
qu'il n'est pas bon d'utiliser le tube de son voisin.
Le plus souvent on se contente de laisser fondre les petits grains de
sucre sous la langue, car l'absorption se fait très rapidement par ce
moyen. La menthe et les épices rendraient impossible cette absorption,
aussi conseille-t-on un dentifrice sans menthe. Mais il convient de savoir
que si votre enfant croque et avale les granules, ce n'est pas grave.
L'absorption du médicament se fera comme pour l'Allopathie, par l'estomac
et l'intestin.
Cependant la prise des granules ne peut être habituellement renouvelée
car HAHNEMANN a écrit (Organon par. 247) « Il convient absolument d'éviter
de répéter, même une seule fois, la prise du remède à un degré identique
de dynamisation. »
De sorte que, lorsqu'on veut répéter la prise d'un remède, surtout à intervalles
rapprochés, il convient de le préparer sous une forme qui permette d'exalter
le degré de puissance du remède, donc de faire une dynamisation entre
chaque prise (Organon par. 248 et préface de la seconde édition française
du « Traité des maladies chroniques » de HAHNEMANN).
Mode de préparation des remèdes homéopathiques pour en renforcer l’action,
|
- On prend une bouteille de verre propre, soit délivrée par le
pharmacien spécialisé, soit une bouteille d'une eau non gazeuse
et très faiblement minéralisée (type Evian).
- On met dans la bouteille le remède. Si celui-ci se présente en
granules, on verse la moitié du tube de granules, environ 40 granules,
mais ce n'est pas à 10 ou 20 près. Si le remède se présente en dose,
on verse la totalité de la dose.
- On verse dans la bouteille quatre vingt dix gouttes d'alcool absolu,
on mélange doucement.
- On ajoute environ 1/4 de litre d'eau du robinet ou d'eau type
Evian (non gazeuse, faiblement minéralisée).
- Là où arrive le liquide dans la bouteille, vous tracez un trait
horizontal pour marquer le niveau du liquide.
- Chaque fois que vous vous servirez de la bouteille vous réaliserez
une succussion en frappant énergiquement le cul de la bouteille
sur un livre, dix fois avant l'usage, et dix fois après l'usage.
- Chaque fois que vous vous servirez de la bouteille vous réaliserez
une dilution en replaçant dans la bouteille la même quantité d'eau
que celle que vous venez de prélever dans le liquide médicamenteux.
- Donc pour chaque usage
Secouez dix fois
Versez la quantité voulue,
Remettez de l'eau jusqu'au trait,
Secouez dix fois.
Succussion + dilution = dynamisation.
- La quantité de liquide qu'il convient de prendre
est habituellement d'un demi verre ordinaire. Mais pour le nourrisson,
elle peut être d'une cuillerée à café. En fait la quantité a peu
d'importance.
- Le traitement terminé, vous jetez la bouteille qui est toujours
au niveau de départ. Cette forme médicamenteuse ne se conserve pas;
c'est pour cette raison que vous ne la trouvez pas dans le commerce.
|
- e) le moment des prises.
Il vaut mieux prendre le remède loin des repas et de la
période de digestion.
D'une façon générale, on peut prendre les remèdes jusqu'à une demi heure
avant les repas. Après les repas, il vaut mieux observer une période de
deux heures avant de prendre le remède.
Mais bien sur il s'agit là de conditions optima qui ne sont pas toujours
réalisables et on peut être amené à prendre un remède au cours de repas.
Pour les prises peu fréquentes, le meilleur moment est le coucher.
On peut également prendre avantageusement un remède au lever, mais à condition
de ne pas prendre son café ou son petit déjeuner immédiatement après.
Dans les cas aigus, on prend le remède le plus vite possible.
Dans les cas chroniques, on essaie de choisir le moment où on va commencer
son traitement puisqu’on soigne un mode réactionnel, donc quelque chose
qui est en vous depuis avant votre naissance. Par exemple, si on doit
faire un voyage ou traverser une période particulièrement mouvementée
ou difficile, et si on peut attendre un peu, on commencera le traitement
lorsque la vie aura repris son cours normal. D'autre part, si vous avez
prévu quelques grands repas où vous avez l'intention de vous rendre malade
pour ne rien perdre de la vie, ou quelques grandes beuveries où vous comptez
vous saouler comme un soldat russe, attendez plutôt d'être remis de vos
excès.
Enfin, si vous avez un traitement allopathique en cours et que vous avez
l'intention de l'arrêter, faites d'abord cet arrêt, observez en les effets
quelques jours avant de commencer votre traitement homéopathique. Dans
ces conditions vous serez mieux à même de renseigner votre médecin sur
les réactions provoquées par votre traitement et sur les chemins que prendra
votre guérison. Si vous consultez pour un eczéma que vous avez supprimé
par une pommade à la cortisone, vous savez que toute tentative d'arrêt
se soldera par une réapparition de l'eczéma. Faites d'abord cet arrêt,
si vous le pouvez. Après quelques jours vous aurez plus de boutons, mais
vous pourrez commencer un traitement qui agira sur la cause et visera
la guérison. Vous pourrez juger de son effet sur votre peau et sur le
reste de votre organisme.
Les renseignements que vous donnerez alors à votre médecin indiqueront
vos facultés de réaction et seront des plus précieux pour la poursuite
du traitement.
Bien entendu il arrive qu'on ne puisse arrêter brusquement un tel traitement
cortisonique et qu'on rencontre des difficultés insurmontables d'ordre
esthétique par exemple, mais surtout en raison des démangeaisons. Alors
il convient d'en discuter avec votre médecin. De la même façon on ne saurait
arrêter brusquement un traitement pour l'asthme par la théophylline, ni
un traitement pour l'insomnie par des tranquillisants. Il faudra savoir
se contenter de diminutions progressives.
f) le rythme des prises.
Dans les cas aigus, le remède peut le plus souvent être
pris toutes les heures, Ce délai n'est pas un horaire de train, et vous
n'êtes jamais à 10 ou 20 mn près. Il ne se produira aucune catastrophe
si vous sautez une prise. Bien sûr1 il ne convient pas de vous réveiller
ou de réveiller votre enfant pour prendre les remèdes; le sommeil, s'il
est naturel, est un bien précieux pour le malade.
Dès que se dessine une amélioration, il faut espacer les prises. Le médecin
vous donnera les indications nécessaires.
Dans les cas chroniques, ce que je propose personnellement quatre prises
par jour : au réveil, au coucher, vers 10 heures et vers 15 heures environ,
pendant une durée de cinq jours. Encore une fois les horaires sont donnés
à titre indicatif Si vous les modifiez, cela n'a pas d'importance pourvu
que vous restiez à bonne distance des repas, comme indiqué plus haut.
Si vous ne prenez que trois prises par jour, il n'y a rien de grave.
g) la durée du traitement.
Dans les cas aigus, elle est uniquement fonction des réactions
de l'organisme. Il ne peut y avoir de règle car ces réactions sont différents
pour chaque individu et pour chaque remède1 C'est pourquoi on demande
aux malades de téléphoner régulièrement au Médecin.
Là encore les habitudes des malades sont heurtées. Il y en a que cela
ennuie parce que ce n'est pas facile. C'est alors une question de choix
; médecins et malades sont plus tranquilles quand on utilise un antibiotique
: on soigne tout avec cela, même les maladies qu'on n'a pas et les complications
qu'on pourrait faire.
La plupart des malades attendent du médecin des ordres alors que de son
côté, il attend d'eux des informations. Il vaut donc mieux que ce soit
la personne malade qui téléphone elle-même.
Dans le cas d'un enfant, il est préférable que ce soit la personne qui
a gardé l'enfant et pas le père à qui on demande, en rentrant du travail
"Va donc téléphoner au docteur pour lui demander ce que je dois faire
avec le petit". D'autre part, si la température d'un enfant est intéressante
à connaître à titre indicatif, c'est surtout son état qui est la vraie
préoccupation et qu'il convient donc de me décrire, toujours en cherchant
à noter ce qui différencie cet enfant des autres dans ses réactions. Il
ne s'agit pas de raconter sa journée, mais de dire ce qui a été frappant
dans sa journée.
Enfin lorsqu'on téléphone au Médecin homéopathe, il est possible qu’il
ait à modifier la prescription. Il est donc utile de lui indiquer de quelle
prescription il s'agit et de prévoir un papier et un crayon. Il n'y a
rien de plus ennuyeux pour le médecin qui interrompt une consultation
pour vous répondre et écouter attentivement votre problème, que de devoir
attendre que vous ayez fait le tour de votre maison et de celle du voisin
à la recherche d'un crayon qui marche pour noter une prescription.
Dans les cas chroniques , il est habituel de proposer l'utilisation de
la bouteille pendant de 5 jours.
Il convient de téléphoner au Médecin homéopathe s'il se produit quelque
chose d'inhabituel ou si de nouveaux symptômes apparaissent : il vaut
mieux appeler pour rien que de continuer à souffrir ou aller chez le pharmacien.
Ce qui est le plus important à savoir, c'est que, après avoir terminé
votre bouteille, le remède continue à agir en vous pendant une période
qui varie pour chaque remède mais qui peut aller jusqu'à soixante jours,
voire quatre vingt dix jours. Ce n'est donc pas parce que vous avez arrêté
un traitement que vous n'avez plus de traitement. Il est possible qu'il
faille vous redonner le traitement plus ou moins rapidement, ou changer
de traitement. Cela dépend encore une fois des réactions de votre organisme
et le médecin en juge en fonction de nombreux facteurs. Mais vous n'êtes
pas sans traitement. De toute façon l'Homéopathie par son action, modifie
des choses en vous et si vous savez bien observer, vous ne serez pas tout
à fait pareil après avoir pris un traitement, s'il a été judicieusement
choisi.
h) les réactions au traitement.
Vous avez pu constater que le mot qui revient le plus souvent
lorsque je vous parle de l'action de l'Homéopathie, c'est le mot réaction
de l'organisme. Alors il convient de définir quelles peuvent être ces
réactions après le traitement.
Certains disent qu'il n'y a pas de réaction. Il faut ranger ces médecins
dans deux catégories.
D'une part, il y a ceux qui prescrivent un grand nombre de remèdes à des
hauteurs variées de dynamisation et donc d'énergies inégales et de direction
différentes ; il est alors impossible de faire un tri entre ce qui revient
à l'évolution de la maladie à traiter et ce qui revient aux nombreuses
réactions induites dans l'organisme aboutissant en fin de compte à une
inhibition réciproque à donc une limitation des facultés de réaction.
Il est évident que cela n'est pas souhaitable.
D'autre part, il y a ceux qui ont une tellement grande science de l'Homéopathie
qu'ils arrivent, tel un grand musicien, à harmoniser parfaitement l'ampleur
des deux énergies qu'ils manient celle de la maladie naturelle et celle
de la maladie médicamenteuse (TESTE). C'est le but recherché par tous,
mais atteint exceptionnellement.
En fait, l'expérience et l'écoute attentive des malades montre que ces
réactions sont fréquentes, douces et même salutaires. Le médecin et le
malade doivent savoir les observer pour en tirer parti et connaître l'efficacité
du traitement et les réelles capacités de guérison du malade.
Les malades racontent très bien leurs réactions au remède. Certains peuvent
dire qu'ils ont l'impression de revivre leur vie comme un film à l'envers.
Je suis surpris qu'il y ait des médecins pour en rire. Comment ne pas
avoir l'esprit mis en éveil par une telle remarque? Comment pourrait-on
y voir l'effet du hasard lorsque cela se répète si souvent ?
Il peut y avoir quelques fois une aggravation passagère de la maladie.
Un peu comme si la maladie du médicament s'ajoutait à la maladie naturelle.
Mais la maladie médicamenteuse est toujours de faible durée et toujours
contrôlée parfaitement par le médecin.
Surtout elle est salutaire et c'est elle qui assure la vraie guérison.
Ainsi votre enfant, après la prescription d'un remède homéopathique passe
très probablement une bonne nuit car, dès les premières prises, son organisme
a mis en route le processus de la guérison. Mais si la maladie est très
avancée, vous pouvez avoir l'impression que votre enfant est un peu plus
agité ou un peu plus fiévreux. Ne vous affolez pas. Cela ne veut pas dire
que sa maladie s'aggrave. Regardez calmement les choses et vous observerez
des signes qui indiquent que les choses évoluent dans le sens général
de l'amélioration. Par exemple, l'enfant sera un peu plus agité, mais
il sera moins fiévreux ou souffrira moins. Par exemple, il sera plus fiévreux
, mais il aura moins mal et sera plus calme. Le lendemain matin, avec
votre Médecin homéopathe, vous tirerez les conclusions de ces réactions
de la nuit qui ne doivent pas être angoissantes. De toute façon, parce
que nous en avons observé avec soin des milliers de cas, nous savons que
ces aggravations ne sont jamais dangereuses mais toujours de faible durée
et indiquent que la cible est atteinte.
Parfois le malade fait une réaction qui indique qu'il est très sensible
au remède qu'il vient de recevoir, c'est-à-dire que ce remède lui convient
très profondément, mais que la prolongation des prises médicamenteuses
provoque une maladie uniquement médicamenteuse dont les symptômes s'ajoutent
réellement à la maladie.
Je me souviens d'un enfant qui avait une rhino-pharyngite avec otite et
qui avait reçu - comme je l'ai fait des milliers de fois -Chamomilla.
Or cet enfant a fait une réaction que je pouvais comprendre mais que je
n'avais jamais observée. Le lendemain matin, en effet, on m'informait
que la fièvre avait baissé en quelques heures, que l'enfant n'avait plus
mal, mais que l'écoulement nasal persistait, ce qui est bien naturel.
J'ai demandé de poursuivre le remède. Après 24 heures on me disait que
l'enfant, toujours sans fièvre et sans douleur, par ailleurs en pleine
forme, ne voulait plus dormir. Dès qu'on le couchait, c'était des hurlements
terribles. Il pouvait s'endormir assis, mais si on profitait de son sommeil
pour l'allonger, il se mettait à hurler. Cela correspond à ce qu’on observe
lors d’intoxication ou d’essais médicamenteux par Chamomilla. Il m'a suffit
de demander à la famille d'arrêter le traitement pour que tout rentre
dans l'ordre. Cet enfant était donc très sensible à Chamomilla et ce remède
semble correspondre à son tempérament; il lui rendra encore service dans
de nombreuses occasions mais cette expérience nous permettra d'en moduler
la prescription.
Une autre fois j'avais affaire à une dame qui n'était pas du tout une
fervente de l'Homéopathie et qui, ce qui plus est, m'appelait parce qu'elle
n'avait pu joindre son médecin habituel. Je lui ai prescrit Colocynthis
et comme je ne voulais pas lui donner trop d'explications, je lui ai dit
simplement de me prévenir quand cela irait mieux. Malheureusement le traitement
a été poursuivi après l'amélioration, et j'ai vu arriver chez moi une
dame qui ne pouvait plus bouger et dont le sacrum était absolument bloqué.
Là encore, il a suffit d'interrompre Colocynthis pour que très rapidement
tout rentre dans l'ordre.
Fort heureusement des histoires comme celles-là sont rares dans la vie
d'un Homéopathe, mais il s'en produit probablement chaque jour de moins
spectaculaires. Seul le médecin vigilant, qui connaît parfaitement les
règles qui régissent l'Homéopathie, peut aider son malade dans des cas
semblables.
Les nouveaux symptômes de l'aggravation homéopathique prennent donc des
aspect divers mais toujours instructifs.
Dans certains cas cela se présente d'une façon aiguë, comme si l'organisme
voulait se débarrasser de quelque chose. Un malade peut faire une diarrhée,
un autre un écoulement nasal. Là encore, l'expérience montre que ce genre
de réaction est suivi d'une amélioration de très bonne qualité ou d'une
guérison.
Cependant il ne faut pas chercher à limiter ou supprimer cette réaction.
On ne doit pas fermer les valves des égouts, car alors il est possible
qu'on n'arrivera plus à obtenir une libération de l'organisme.
Il en va de même lorsqu'une éruption apparaît après un traitement homéopathique.
Alors les malades courent chez un dermatologue immédiatement. Le plus
souvent en l'absence de diagnostic précis ils reçoivent une pommade à
la cortisone, sorte de gomme à effacer toutes les maladies de peau et
que n'importe qui peut vous conseiller sans avoir fait d ' étude.
Pourtant nous savons que la peau n'est jamais malade par elle même mais
toujours en reflet de ce qui se passe à l'intérieur, de sorte que le meilleur
dermatologue est un interniste.
L'éruption disparaît mais l'organisme exprime par une maladie plus profonde
ce qu'il voulait dire au niveau de la peau. Habituellement les effets
nocifs de cette fausse manoeuvre n'apparaissent pas immédiatement, mais
les malades sont légions qui racontent que tous leurs troubles ont débuté
après une maladie de peau traitée de cette façon. Quoiqu'il en soit, lorsque
le malade raconte, quelques mois après, à son Médecin homéopathe, que
le traitement administré a été suivi d'une éruption traitée par un dermatologue,
il peut voir le sourire du médecin s' évanouir.
En effet une erreur lourde de conséquences vient d'être commise.
Dans d'autres cas les réactions sont moins spectaculaires mais elles n'en
sont pas moins valables. A tel malade cardiaque, on aura prescrit un remède
qui aura permis d'avoir moins d'essoufflement et moins de douleurs; mais
quelques jours après sera apparue une douleur du genou par exemple. Ce
peut être un fait nouveau ou la réapparition d'une ancienne douleur qui
n'avait pas été traitée homéopathiquement. Il ne faut surtout pas prescrire
un traitement ou une pommade qui supprime cette douleur car le retour
de la maladie cardiaque est assuré. Il faut laisser agir le médicament
qui a apporté l'amélioration du cœur et de l'état général. Lorsque ce
remède aura terminé son action, il conviendra d'observer les symptômes
de la maladie cardiaque et ceux de la douleur. Si elle subsiste (car elle
peut très bien évoluer, elle aussi, vers la guérison), on jugera alors
s'il convient de prescrire un nouveau remède ou s'il est préférable de
redonner le même remède, tant il est illogique de changer un traitement
aussi longtemps qu'on n'a pas tiré de lui le maximum de son action.
Ainsi, lorsque le malade me quitte après une prescription homéopathique,
je lui rappelle toujours que je prends en charge la totalité de son organisme
et que j'attends de lui qu'il me mette au courant de chaque chose concernant
sa santé, même si cela lui semble totalement éloigné de la raison qui
l'a amené à me consulter, même s'il croit devoir consulter un spécialiste
plus compétent que moi.
Par les aspects multiples qu'elle peut prendre dans son type, dans son
intensité, dans sa durée, l'aggravation médicamenteuse a le mérite de
renseigner le médecin sur les capacités de réaction du malade et donc
lui indiquent les précautions qu'il devra prendre dans la continuation
du traitement.
L'Homéopathie a pour but la guérison
Apprendre à observer ses symptômes, apprendre à observer ses réactions
au traitement, c'est le prix qu'il faut payer pour tirer le meilleur profit
de cette médecine.
Cela me semble moins coûteux que le prix payé chaque jour aux médicaments
pour une palliation ou une fausse guérison dans laquelle l'organisme épuise
ses forces.
Mais cela ne peut se faire sans l'aide d'un médecin. Vous pouvez faire
vous-même la peinture de votre appartement; Si c' est raté, vous pouvez
recommencer. Vous pouvez réparer vous même votre voiture; si vous échouez,
vous pouvez toujours aller chez le garagiste. Bien évidemment pour la
santé, il n'en va pas de même. C'est un bien trop précieux pour le confier
à votre instinct ou a des prescripteurs non rigoureux.
Le médecin qui respecte l'Homéopathie, respecte son malade et ne saurait
lui nuire; il sera son meilleur guide vers la guérison.
BIBLIOGRAPHIE
HAHNEMANN S. - Organon de l'art de guérir
traduction de la 6ème édition par le Docteur Schmidt
1975 Editions Jeheber (Genève)
traduction de la 2ème édition par
Ernest Georges de Brunnow
1824 Editions Treuttel (Leipzig)
traduction de la 4ème édition par
Ernest Georges de Brunnow
1832 Editions Treuttel (Leipzig)
traduction de la 4ème édition par
A.J.L.Jourdan
1832 Editions Baillière (Paris)
- Traité des maladies chroniques
traduction de la 2ème édition par le
Docteur Schmidt
1969 Editions Maisonneuve (Saint Ruffine)
KENT J.T. - La Science et l'Art de l'Homéopathie
traduction par le Docteur Schmidt
Editions Maisonneuve (Saint Ruffine)
1969
TESTE A. - Comment on devient Homéopathe
troisième édition
1873 Editions Baillière (Paris)
WOODWARD A.W. - - Constitutional therapeutics
Edition indienne
1977 Editions Jian (New Delhi)
PASCHERO T. P. - Homeopatia
Buenos Aires
1973
ORTEGA P.S. - Apuntes sobre los miasmas
Biblioteca de Homeopatia de Mexico
1977
BOURGARIT R. - - Cahiers du groupement Hahnemannien
SCHMIDT P. - - Cours du G.L.E.M. et de Genève
IMBERCHTS J. - - Cours de la Société royale belge
FONTAINE J. - - - La médecine du Corps énergétique
1983 Editions Laffont (Paris)
ANDREVA DUVAL J.- - Introduction aux techniques ostéopathiques
1975 Editions Maloine (Paris
|